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La secrétaire d’État Clinton au Sommet 2012 sur la société civile

17 mai 2012

Département d’État
Bureau de la porte-parole
Le 16 mai 2012


Extraits du discours de la secrétaire d’État Hillary Rodham Clinton lors du Sommet 2012 sur le Dialogue stratégique avec la société civile

Le 16 mai 2012
Salle Ben Franklin
Washington

(début des extraits)

La secrétaire d’État Clinton – ... C’est donc un plaisir pour moi de vous accueillir ici au département d’État. Il s’est passé beaucoup de choses depuis que nous avons lancé cette initiative lors du sommet de l’année dernière. Lorsque nous nous sommes réunis pour la première fois, en février de l’année dernière, les révolutions évoquées par Tomicah avaient commencé à balayer le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Des citoyens revendiquaient leurs droits et voulaient faire entendre leur voix, trop longtemps muselée. Et avec cette période tumultueuse en toile de fond, des groupes de la société civile ont vu le jour un peu partout pour donner de l’élan à la démocratie et au changement. Certains sont apparus dans des endroits tranquilles où ils menaient des activités depuis des années. D’autres se sont formés du jour au lendemain sous l’effet remarquable des liens noués grâce aux médias sociaux.

Quoi qu’il en soit, ce sont des hommes et des femmes de courage, comme beaucoup de personnes parmi nous dans cette salle, qui ont uni leurs efforts pour préparer un nouvel avenir, et vous avez parlé avec éloquence de la nécessité de la société civile. Votre action et celle de millions d’autres à travers le monde n’ont jamais été plus importantes. Nous voyons des gens monter au créneau pour combler l’espace entre le gouvernement et l’économie.

En 1998, dans un discours à Davos, j’ai assimilé la base solide de toute société à un tabouret à trois pieds, l’un devant être un gouvernement réceptif, efficace et responsable ; un autre, un secteur économique dynamique et créateur d’emplois dans une économie de marché ; et un autre doit être une société civile robuste. Si l’un des pieds du tabouret devenait trop long ou trop court, l’équilibre serait rompu. Justifier l’existence de la société civile est on ne peut plus simple parce que le gouvernement ne peut pas et ne doit pas contrôler la vie de qui que ce soit ni vous dire ce que vous pouvez et ce que vous ne pouvez pas faire. L’économie doit être entre les mains des entrepreneurs et des innovateurs. Mais c’est dans la société civile que nous menons notre vie. C’est là que nous fondons notre famille ; c’est là que nous vivons notre foi ; c’est là que nous formons notre identité, par le biais d’activités volontaires et en défendant la cause de notre humanité commune.

Ainsi donc, lorsque nous voyons l’explosion des groupes de la société civile à travers le monde, nous voulons vous épauler. Je crois qu’aux États-Unis la société civile intervient dans tous les aspects de notre existence. Elle reflète tout à fait ce qu’Alexis de Tocqueville appelait les habitudes du cœur, que l’Amérique forme et pratique depuis sa fondation parce que dès le début nous avons compris qu’il devait y avoir un rôle pour le gouvernement et un rôle pour l’économie, mais que tout le reste était un rôle qui nous revenait – celui de tracer nous-mêmes notre voie, de faire nos propres contributions.

Et nous nous tournons vers vous pour que vous nous aidiez à soutenir la société civile dans le monde entier. Cette initiative est un exemple frappant de la collaboration qui est possible entre le gouvernement et la société civile, souvent avec l’appui du secteur privé. Guidés par Tomicah, nous avons tenu des consultations tout au long de l’année écoulée avec des groupes de la société civile dans le cadre du Dialogue stratégique et de nos groupes de travail, sollicitant vos idées sur la manière de rehausser l’efficacité du gouvernement et recherchant de nouvelles possibilités de collaboration.

Je ne veux pas donner l’impression – parce que ce serait une fausse impression – que la coopération entre la société civile et le gouvernement marche toujours comme sur des roulettes, même si ce dialogue pouvait le faire croire parfois. Vous ne serez pas choqués, pour la plupart, de m’entendre dire que la société civile et le gouvernement, même dans mon pays, ne sont pas toujours d’accord. Nous avons trouvé des moyens d’exprimer des avis divergents sans pour autant être désobligeants. C’est dans la société civile que j’ai fait mes premières armes. J’ai souvent tenu tête à mon gouvernement à partir des années 1970. La première question à laquelle je me suis attaquée, c’était d’essayer de changer les lois concernant la manière dont nous traitons les personnes atteintes d’un handicap. J’ai travaillé pour un groupe qui faisait du porte-à-porte dans certaines régions des États-Unis pour demander aux familles : « Est-ce que vous avez un enfant qui ne va pas à l’école, et si oui, pourquoi ? » Nous avons trouvé des enfants aveugles et des enfants sourds, des enfants dans des fauteuils roulants et des enfants qui avaient été renvoyés de l’école, sans autre possibilité de placement ailleurs. Et j’ai été une toute petite partie d’un mouvement de très grande ampleur qui avait pour mission d’obliger les établissements d’enseignement aux États-Unis à trouver une place pour chacun de nos enfants.

Alors je sais bien qu’on est parfois amené à tenir tête à son gouvernement. Parfois, il faut aider son gouvernement à prendre des mesures qu’en l’absence de pressions il ne pourrait pas ou ne voudrait pas prendre de son propre chef. Nous comprenons donc que l’espace dans lequel fonctionne la société civile est dangereux dans bien des endroits à travers le monde ; qu’un grand nombre d’entre vous ici présents, et ceux qui vous suivent sur l’Internet, risquez votre vie. Et nous voulons être vos partenaires.

Nous savons aussi que, face à la montée de la société civile, certains gouvernements ont déclenché une vague de répression d’une dureté sans précédent. Dans trop de pays, les gros titres de l’actualité brossent le portrait d’une société civile menacée. Mais à chaque fois qu'un journaliste est réduit au silence, ou qu'un militant est menacé, ce n'est pas un gouvernement qui est renforcé ; c'est une nation qui est affaiblie. Un tabouret ne peut pas tenir sur un pied ni même deux. Le système ne pourra pas tenir.

Les États-Unis cherchent à inverser cette tendance. Nous avons fourni un appui politique et financier à des groupes de la société civile du monde entier qui sont mis sur la défensive. Il y a deux semaines seulement, notre groupe de travail sur la démocratie et les droits de l’homme s’est réuni à Tunis avec des blogueurs et des journalistes de toute la région pour s’informer sur les obstacles à la liberté d’expression. Et nous essayons de donner l’exemple. Notre espoir, c'est qu'en tenant des réunions comme celle-ci, nous pouvons montrer aux autres gouvernements que la société civile n'est pas une menace, mais qu'elle est un atout.

Je suis très fière d'annoncer aujourd’hui que le département d'État donne suite à chacune des huit recommandations de politique générale qui ont été suggérées à ce jour par la société civile dans le cadre du présent Dialogue. Je ne vais pas toutes les détailler ici pour vous – j’espère que vous assisterez à une séance d’information complète à ce sujet ; nous mettons les détails en ligne pour le bénéfice de tout le monde – mais permettez-moi de signaler les quelques points suivants.

En premier lieu, nous élargissons la portée de ce dialogue et approfondissons notre engagement dans ce domaine en établissant des groupes de travail dans nos ambassades. Celles-ci contribueront à réunir les idées et les opinions des groupes de la société civile locale pour les communiquer à Washington, et ces commentaires viendront éclairer la formulation de nos politiques. Nous avons déjà reçu des engagements de la part de dix ambassades, du Brésil au Bangladesh et de la République tchèque au Cameroun. Je sais qu’un grand nombre de ces missions nous suivent en direct via l’Internet, et je tiens à leur adresser tous mes remerciements.

En deuxième lieu, notre groupe de travail sur la religion et la politique étrangère a réfléchi en priorité aux moyens de cimenter notre engagement envers la large composante de la société civile que forment les organisations confessionnelles. Nos ambassades dans chaque région de la planète œuvrent avec les organisations confessionnelles et les communautés religieuses pour renforcer les démocraties, protéger les droits de l’homme et répondre aux besoins humanitaires des citoyens. Ces groupes sont donc nos alliés naturels sur une multitude de dossiers, y compris l’avancement de la liberté religieuse, et nous voulons collaborer avec eux chaque fois que cela nous est possible. Ces recommandations faciliteront la tâche de nos agents publics sur le terrain qui traitent directement avec les communautés religieuses pour s’assurer qu’elles disposent de la formation voulue afin de mener à bien leurs activités.

En troisième lieu, notre groupe sur le travail a examiné les possibilités de faciliter les conversations entre les gouvernements, les entreprises et les organisations syndicales afin de s’assurer que tous les points de vue soient représentés au niveau international et dans les institutions multilatérales. Les syndicats constituent une autre catégorie bien organisée et importante de la société civile, et nous voulons les aider à établir des contacts entre eux et à poursuivre des approches communes tandis que nous nous employons à défendre et à promouvoir les droits des travailleurs.

Et en dernier lieu, pour revenir aux grands changements qui se produisent à travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, notre groupe de travail sur l’autonomisation des femmes œuvre pour la sensibilisation aux droits des femmes dans les pays effectuant une transition politique. Et nous continuerons à œuvrer étroitement avec les groupes de la société civile et avec les gouvernements de la région pour veiller à ce que les droits des femmes soient inclus dans les nouvelles constitutions, à ce qu’ils soient protégés, à ce qu’elles puissent les exercer et à ce qu’ils soient compris comme étant essentiels au développement de sociétés démocratiques réussies.

Les recommandations de notre nouvelle politique ne s’arrêtent pas là. Dans l’après-midi, le Dialogue écoutera les nouvelles idées formulées par nos groupes de travail sur la gouvernance et la responsabilité dans le dessein d’améliorer la transparence et de lutter contre la corruption. Et nous continuerons à dialoguer avec vous pour repérer des idées et des possibilités nouvelles. Cet été, nous ajouterons un nouveau groupe de travail sur la philanthropie dans le monde, que présidera la sous-secrétaire d’État à la diplomatie et aux affaires publiques Tara Sonenshine. Ce groupe élargira notre coopération avec les plus importantes fondations et développera des partenariats consacrés à l’appui de la société civile.

Les conversations et les actions telles que celles-ci ont un effet de cascade, et nous avons reçu au cours de la dernière année quelques réponses positives de la part de gouvernements qui tendent la main et mettent au point leurs propres mécanismes pour mobiliser la société civile. Certains des représentants de ces gouvernements sont présents ici aujourd’hui, et nous apprécions énormément votre présence, et nous nous tenons prêts à vous offrir toute aide possible.

Je vous remercie d’être venus. Merci pour tout ce que vous faites. Sachez que les perspectives d’avenir de la société civile nous inspirent beaucoup d’enthousiasme. Nous voulons nous servir de ce dialogue, comme nous l’avons fait l’an dernier, comme d’un dispositif d’échange d’idées, de promotion de nouvelles approches et de responsabilisation, car nous voulons miser sur ce qui marche et renoncer à ce qui ne marche pas. Croyez bien que nous rendrons compte de nos actions et que nous n’en attendons pas moins de la société civile.

Je suis prête à répondre à quelques questions sur notre dialogue et j’ai hâte d’avoir cet échange avec vous et aussi de vous écouter parler davantage du travail que chacun d’entre vous est en train d’accomplir. Merci beaucoup.

(fin des extraits)