U.S. Institute of Peace
Discours de la sous-secrétaire d'État
Wendy Sherman
La prochaine décennie : Saisir les possibilités d'une Afrique en mutation
Le 28 mars 2012
Bonjour, tout le monde. C'est un plaisir d'être avec vous aujourd'hui et d'avoir l'occasion de partager certaines perspectives sur l'avenir de l'Afrique, qui ont été stimulées et renforcées par la première visite officielle que j'y ai effectuée il y a quelques jours. Je tiens à remercier Tara de son aimable introduction ainsi que l'Institut qui est l'hôte de cette rencontre.
L'Afrique a considérablement changé au cours de la dernière décennie et il est grand temps de reconnaître les évolutions positives qui se produisent et le potentiel énorme qu'elles représentent -- pour l'Afrique, les États-Unis et la communauté mondiale. L'Afrique est un continent en mouvement et elle commence à réaliser certains des gains économiques qui lui avaient échappé auparavant. Des dix pays à la croissance la plus rapide au monde, six se trouvent en Afrique subsaharienne, et le FMI prévoit qu'au cours des cinq prochaines années il y en aura sept. J'en ai visité deux dont la croissance est parmi la plus forte au monde -- l'Angola et le Nigéria -- ainsi que trois autres -- la Zambie, le Malawi et le Kenya -- et il est clair que l'Afrique est le théâtre de changements spectaculaires. Quand on regarde l'Afrique, il est important de ne pas se limiter aux questions qui font l'actualité car on risque de laisser passer ces changements -- et les possibilités qu'ils représentent.
Lorsque je me suis remise au service de l'État l'année dernière, je venais de passer dix ans dans le secteur privé à examiner les possibilités d'investissement dans le monde entier. Ma récente tournée en Afrique et mon expérience professionnelle m'ont convaincue que le continent vit une période de transformation économique rapide.
L'Afrique est maintenant plus près que jamais de transformer son potentiel économique en une croissance autonome. Pendant des années, nous avons axé nos efforts, comme nous le faisons encore, sur le règlement de conflits, l'amélioration de la situation sanitaire et l'établissement de démocraties civiles responsables, et ce afin de jeter les fondements des évolutions dont nous sommes aujourd'hui témoins. Une véritable croissance économique, le fruit de notre investissement de longue date en Afrique, qui promet de sortir des millions de personnes de la pauvreté et d'encourager la stabilité à long terme, s'observe dans des pays grands et petits à travers le continent.
Les faits viennent étayer cette évaluation. De toutes les régions du monde en développement, c'est en Afrique que le taux de rendement des investissements directs étrangers (IDE) est le plus élevé ; depuis 1990, il oscille ainsi aux alentours de 29 % pour les investisseurs américains. Au cours des huit prochaines années, les secteurs de la consommation, des ressources, de l'agriculture et de l'infrastructure pourraient se chiffrer à une valeur estimée à 2,6 milliards de dollars en revenus annuels. D'ici à 2020, les dépenses des ménages atteindront 25 milliards de dollars par an dans les plus grands marchés d'Afrique subsaharienne -- le Cap, Johannesburg et Lagos. Nous assistons au développement de la prochaine grande frontière économique, et les États-Unis ont beaucoup à gagner, et autant à offrir, en reconnaissant et en soutenant la croissance économique juste et durable de l'Afrique.
Nous avons bien des choses en commun avec les populations africaines ainsi qu'une forte dose d'expertise pertinente à partager. Par exemple, l'agriculture est l'un des secteurs les plus prometteurs d'Afrique. Environ 60 % des terres arables non cultivées dans le monde se situent sur le continent africain ; elles recouvrent environ 600 millions d'hectares, soit une superficie plus ou moins égale à celle de la république démocratique du Congo. Et personne ne connaît l'agriculture mieux que les Américains. La collaboration avec nos partenaires africains en vue du développement d'une agriculture rentable et durable est quelque chose de naturel pour les États-Unis.
La production de ressources naturelles sur le continent, principalement de pétrole, de gaz et de minéraux, continuera probablement de croître régulièrement de 2 % à 4 % par an, ce qui portera la valeur de la production des ressources à 540 milliards de dollars au cours des huit prochaines années.
Les nouvelles technologies créent des opportunités dignes du XXIe siècle pour l'Afrique. Par exemple, les téléphones mobiles et leurs applications révolutionnent la vie des habitants du continent. Rien qu'au cours de la dernière décennie, on a dénombré environ 500 millions de nouveaux abonnés à la téléphonie mobile en Afrique, ce qui a permis au continent de faire l'impasse sur l'installation de lignes terrestres coûteuses et a facilité l'introduction de services bancaires là où ils n'existaient pas auparavant.
Ces technologies sont utilisées de manière innovante, en particulier par les Africains de la jeune génération, pour surveiller le déroulement d'élections, contribuer à la prévention de la violence, par exemple dans l'est du Congo, et communiquer des données relatives au marché qui permettront aux cultivateurs d'obtenir le meilleur prix possible pour leurs produits. En reliant les zones rurales aux centres urbains, et l'Afrique au reste du monde, les nouvelles technologies ont accru la sensibilisation de la population sur l'ensemble du continent et elles aident à remodeler les sociétés.
Pour autant, le maintien de la croissance économique à long terme ne sera pas chose aisée et il exigera une approche intégrée qui devra inclure une gouvernance de qualité et des institutions démocratiques robustes. L'existence d'institutions dynamiques revêt un caractère absolument essentiel. Comme l'a déclaré le président Obama dans l'éloquent discours qu'il a prononcé à Accra en juillet 2009, « le développement dépend de la bonne gouvernance. C'est l'ingrédient qui fait défaut dans beaucoup trop d'endroits à travers l'Afrique. » Et c'est l'ingrédient qui conjuge tous les autres, qui apporte de l'ordre, de la structure et un cadre juridique fiable dont les économies ont besoin pour croître. Une bonne gouvernance et l'État de droit protègent les droits de la personne aussi bien que ceux des entreprises. Une bonne gouvernance va extirper la corruption et protéger les droits des travailleurs aussi bien que la propriété intellectuelle. Un environnement sûr, le recul durable de la pauvreté, l'amélioration de l'infrastructure, la transparence, la reddition de comptes, l'existence d'une société civile dynamique et la présence de forces de sécurité efficaces et responsables sont aussi des éléments essentiels au succès. Les États-Unis comprennent ces réalités et nous collaborons étroitement avec nos partenaires africains au repérage, à la mise en route et à l'établissement des réformes et des politiques nécessaires au renforcement de la croissance et des investissements en veillant à concilier les valeurs locales tout en prenant acte des normes internationales.
Dans une mesure importante, l'Afrique est en train de se doter d'institutions publiques plus robustes capables de fournir des services d'importance vitale, d'institutions législatives efficaces capables d'assurer une fonction de surveillance et d'appareils judiciaires responsables et acquis à l'État de droit. Une telle évolution se révèle très prometteuse pour l'avenir.
La présence d'une société civile robuste et dynamique constitue un élément critique d'un cadre démocratique. La société civile joue un rôle critique dans la mesure où elle oblige les gouvernements et les élus africains à rendre des comptes. Dans la plupart des pays que j'ai visités, je me suis entretenue avec des représentants de l'ensemble de la société civile, y compris des militants des droits de l'homme, des dignitaires religieux et des groupes de femmes, qui sont déterminés à extirper la corruption, à promouvoir la transparence et à s'assurer que leur gouvernement tient ses promesses en matière de réformes. Compte tenu des réalités démographiques de l'Afrique, où résidera un jeune sur cinq dans le monde d'ici à 2040, la jeunesse tiendra une place de plus en plus importante dans ces sociétés. J'ai été frappée d'apprendre, par exemple, que 43 % des Angolais ont moins de 14 ans.
En outre, nous avons vu comment les organisations de la société civile peuvent militer pour le changement en faveur des communautés marginalisées. Par exemple, lors de ma tournée sur le continent, j'ai eu l'occasion d'avoir des discussions avec plusieurs groupes de défense des intérêts des femmes, et tous se consacrent à garantir aux femmes davantage de droits de la personne et de débouchés économiques.
De même, j'ai constaté en Afrique de nombreux signes encourageants en matière de changements politiques. Au Kenya, j'ai vu de mes propres yeux l'importance que les citoyens attachent à une bonne gouvernance. Comme vous le savez tous, il y a tout juste un peu plus de quatre ans, le Kenya a été le théâtre d'une violence politique horrible dans la foulée de ses élections de 2007, à tel point que l'une des démocraties les plus prometteuses d'Afrique, qui est aussi une puissance économique régionale, a risqué de basculer dans le précipice. Mais les Kényians ont serré les coudes pour rejeter ensemble la politique qui divisait leur pays, et en 2010 ils se sont rendus aux urnes et ont adopté une nouvelle constitution qui apporte la promesse d'une ère nouvelle de gouvernance responsable et véritablement démocratique.
Au Nigéria, pays doté d'une société civile dynamique, j'ai été vivement impressionnée par des conversations avec, entre autres, des parlementaires, des défenseurs de causes sociales, des gens d'affaires et des dignitaires religieux qui débattaient les défis auxquels se heurte la société nigériane -- de la menace que pose Boko Haram et le désintérêt économique envers les communautés du nord à la récente élection présidentielle et à la gestion du secteur pétrolier. En dépit des difficultés auxquelles ils se heurtent, des forces puissantes unissent les Nigérians entre eux, et la passion et la détermination dont j'ai été témoin lors des mes rencontres les aideront à relever les défis qui les attendent.
Alors, quelles sont quelques-unes des mesures qui s'imposent pour consolider et développer la croissance du continent ? Une composante critique de la croissance à long terme de l'Afrique sera l'élargissement de l'intégration régionale. Selon la Banque africaine de développement, les exportations à l'intérieur même de l'Afrique représentent 9,6 % des exportations totales de la région, ce qui est dérisoire ; à titre de comparaison, c'est 20 % pour l'Amérique latine et 48 % pour les pays asiatiques en développement. Les échanges régionaux peuvent stimuler les industries du continent en créant des économies d'échelle et en renforçant les chaînes de valeur ajoutée des produits et, par ricochet, faciliter le transfert de technologies et de connaissances. Les activités de cette nature peuvent promouvoir le développement de l'infrastructure et attirer des investissements directs étrangers. J'ai remarqué que c'était particulièrement vrai en Afrique australe, où la vigueur de l'économie sud-africaine, conjuguée aux ressources naturelles d'États voisins tels que la Zambie, l'Angola et même le Malawi, pourrait déclencher une activité économique considérable si les marchés étaient reliés par une infrastructure routière, ferroviaire, portuaire et énergétique régionale, et les pays dotés d'un régime libéral de réglementation pour faciliter la libre circulation des biens et des services dans l'ensemble de la sous-région. Pour paraphraser les propos tenus par la secrétaire d'État dans son discours à l'Union africaine l'année dernière, on ne peut pas se borner à se concentrer exclusivement sur le développement. Par le passé, avait-elle dit, notre action en faveur du développement « se soldait par la fourniture d'une aide simplement temporaire et non sur les fondements du changement durable qui aide les gens à améliorer leur vie et leur communauté de manière permanente. Mais le gouvernement Obama adopte une approche différente. Notre objectif est d'aider les économies à réaliser une croissance continue afin qu'elles puissent répondre aux besoins nationaux. Au bout du compte, nous pensons que les programmes de développement les plus efficaces sont ceux qui finiront par ne plus être nécessaires parce qu'ils stimulent l'activité économique, contribuent à la création d'institutions solides et favorisent l'épanouissement du secteur privé, qui créera des emplois quand son potentiel aura été libéré. »
Voilà pourquoi nous avons besoin d'un secteur privé dynamique qui contribuera à part égale à la réalisation du potentiel économique de l'Afrique. Personne ne doit douter des capacités de l'Afrique dans ce domaine. On recense une vingtaine d'entreprises africaines dont le chiffre d'affaires atteint au moins 3 milliards de dollars et, en 2010, les dépenses de consommation en Afrique subsaharienne se sont chiffrées à près de 600 milliards de dollars, ce qui représente près de 8 % de toutes les dépenses des marchés émergents. En outre, l'Afrique dispose d'un capital intellectuel considérable qui est sur le point d'être libéré. J'ai été témoin du goût passionné pour l'innovation et l'entrepreneuriat sur le continent lorsque j'ai visité l'iHub à Nairobi, où se retrouvent des membres de la communauté technologique et des entrepreneurs du Kenya pour développer de nouvelles technologies et de nouveaux produits à l'intention des consommateurs en Afrique et ailleurs. Dans le souci d'appuyer cette tendance, le département d'État a collaboré avec des développeurs de logiciels en vue de lancer notre programme Apps4Africa qui vise à s'attaquer à des enjeux locaux, tels les changements climatiques, la gouvernance, la santé et l'éducation, par le biais du recours à des technologies mobiles novatrices.
Un autre élément important est la diversification économique, clé d'une croissance économique soutenue en Afrique. Nous avons trop souvent constaté que des pays se concentrent sur un petit nombre de produits de base et que, en dehors de ce secteur, la création d'emplois et les autres retombées sont minimes. Pour tirer pleinement parti des ressources naturelles du continent, les pays doivent encourager la transparence budgétaire, l'usage responsable des recettes en faveur du développement économique - y compris en matière de dépenses pour l'éducation, la santé et l'infrastructure - et la formulation de lois et de règlements, ce qui facilite la création d'entreprises. J'ai été ainsi ravie d'entendre de hauts fonctionnaires angolais faire part de leur désir et de leur intention de diversifier leur économie en dehors du secteur pétrolier, lequel a été un gage de grande richesse pour l'Angola, mais qui n'a toujours pas amélioré de façon notable la situation économique de l'Angolais moyen.
Les États-Unis reconnaissent à la fois les possibilités et les contraintes. Nous sommes pleinement déterminés à soutenir nos partenaires africains alors qu'ils s'emploient à mettre en place des approches holistiques visant à produire une croissance économique plus forte, à consolider les institutions démocratiques et à faire voir le jour à une Afrique plus pacifique et plus prospère. Nous appliquons déjà toute une gamme de programmes avec nos partenaires pour les aider à atteindre ces objectifs. Je voudrais en signaler quelques-uns.
L'une des nouvelles initiatives parmi les plus importantes est le programme Feed the Future (l'initiative alimentaire pour l'avenir), qui est actuellement appliqué dans douze pays d'Afrique subsaharienne. Par le biais de ce programme, le gouvernement des États-Unis renouvelle son engagement en faveur de l'agriculture comme moyen de réduire la faim et la pauvreté de manière durable. L'initiative alimentaire pour l'avenir mobilise les forces du secteur privé et des milieux de la recherche pour transformer le développement agricole dans des secteurs qui offrent d'énormes possibilités d'accroissement du revenu des petits cultivateurs, en particulier des femmes qui ont moins de ressources. Au Malawi, j'ai visité le Bunda Agricultural College ; c'est là, et non plus à l'étranger, qu'est formée la nouvelle génération d'agronomes du pays. Construit dans une grande mesure avec le financement de l'USAID voilà maintenant 40 ans, le Bunda College ne se contente pas de former ses étudiants aux éléments fondamentaux de l'agriculture ; il leur enseigne aussi la dynamique de l'agro-alimentaire à l'échelle internationale - compétences dont ils auront besoin pour assurer la compétitivité du secteur agricole du Malawi au XXIe siècle.
La Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique, l'AGOA, demeure la pièce maîtresse de notre partenariat économique et commercial avec l'Afrique. L'AGOA encourage l'économie de marché, élargit les échanges et les investissements entre les États-Unis et l'Afrique, stimule la croissance économique et facilite l'intégration de l'Afrique subsaharienne dans l'économie mondiale. À l'heure actuelle, l'AGOA autorise 40 pays à exporter aux États-Unis 6.000 produits de gammes diversifiées. Depuis son adoption en 2000, les échanges bilatéraux ont augmenté au point d'atteindre 82,1 milliards de dollars en 2010, et les exportations de l'AGOA aux États-Unis atteignent 44,3 milliards de dollars.
Cette année, le Forum de l'AGOA à Washington, prévu pour le mois de juin, se concentrera sur l'amélioration de la mise en place des infrastructures, élément indispensable au développement de cette relation commerciale. Nous serons ensuite l'hôte d'une conférence de suivi à Cincinnati qui reprendra ces thèmes dans le contexte d'activités concrètes visant à faciliter les échanges. Nous nous attendons à une participation robuste de la part des secteurs privés américain et africain, et de celle de responsables des pouvoirs publics, et nous soulignerons la priorité qu'il faut accorder à la question des besoins de l'Afrique en matière d'infrastructure et d'énergie.
Par le biais du Programme pour l'entrepreneuriat féminin en Afrique, l'AWEP, nous travaillons directement avec des chefs d'entreprise du continent afin d'accélérer la croissance des entreprises gérées par des femmes, de promouvoir le leadership des associations de chefs d'entreprise de sexe féminin et de soutenir les femmes qui militent pour le changement dans leur communauté. Dans toute l'Afrique, on voit progresser la part des entreprises qui sont créées et gérées par des femmes - et la croissance de ces entreprises représente une force mesurable dans l'économie mondiale. Pour citer le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, « . . . donner aux femmes le moyen d'obtenir des revenus plus importants et un plus grand contrôle sur les ressources au sein de leurs ménages - pourrait améliorer la santé des enfants, relever le niveau d'instruction des filles, promouvoir l'entrepreneuriat et accroître la productivité économique, et pourrait nous rapprocher d'un monde au-delà de l'aide. » Acquis à cette vision, les États-Unis entendent mettre en rapport par le biais de l'AWEP les principales Africaines chefs d'entreprise. Je puis vous dire que, pendant ma longue carrière de diplomate et de femme d'affaires, j'ai été en contact avec un très grand nombre d'associations féminines, mais jamais encore je n'avais vu le degré de dynamisme, de passion et de courage dont j'ai été témoin parmi les groupes de femmes pendant cette tournée.
Tout comme nous nous employons à autonomiser les entrepreneuses par le biais de l'AWEP, nous mettons aussi en route des initiatives visant à nouer un contact direct avec les jeunes Africains, lesquels, comme je le disais précédemment, forment une part croissante de la population du continent. Deux Africains sur trois ont moins de 30 ans, et 10 millions d'Africains en moyenne entrent chaque année sur le marché du travail. C'est dire l'importance critique d'un engagement robuste à l'égard de la jeunesse. Le président et son épouse se sont personnellement investis dans cette mission. Ils ont l'un et l'autre été l'hôte d'un Forum des jeunes leaders africains -- le président à Washington en 2010 et la première Dame en Afrique du Sud un an plus tard. Le gouvernement des États-Unis travaille à l'élaboration d'initiatives destinées à soutenir les jeunes leaders africains et à dialoguer avec eux. À l'appui de ces efforts, le département d'État compte lancer un Partenariat américain public-privé pour le mentorat des jeunes leaders africains. Ce programme de mentorat et de création de réseaux, qui prévoit de mettre en contact 75 jeunes entrepreneurs africains avec des professionnels des milieux d'affaires aux États-Unis, se propose d'encourager l'innovation, les investissements et les activités liées à la responsabilité sociale d'entreprise en Afrique.
À l'université de la Zambie, où j'ai fait un discours, j'ai été vivement impressionnée par l'intelligence, la connaissance du monde et la vitalité du corps estudiantin. Les étudiants m'ont posé des questions sur la politique étrangère des États-Unis et fait part de leurs espoirs et de leurs inquiétudes pour l'avenir de la Zambie. Au vu de leur subtilité, je suis certaine que l'avenir de la Zambie sera en bonnes mains.
En outre, il y a lieu de noter que deux des quatre pays visés par les Partenariats pour la croissance se situent en Afrique subsaharienne. Dans le cadre de cette initiative et conformément à la Directive sur le développement mondial formulée par le président en 2010, nous avons formé un partenariat avec la Tanzanie et un autre avec le Ghana pour nous attaquer aux contraintes et aux obstacles qui compromettent la croissance et pour élaborer des plans d'action en conséquence. Nous espérons ainsi élargir l'accès de ces deux pays aux marchés internationaux, promouvoir les flux d'investissements nationaux et étrangers et améliorer l'efficacité, la transparence et la responsabilité des institutions publiques de ces deux pays.
Comme le montre cette vaste gamme d'initiatives et de programmes, la secrétaire d'État Clinton a placé la diplomatie économique au cœur de la politique étrangère des États-Unis. Nous nous employons activement à promouvoir notre Programme de conduite des affaires économiques dans le monde entier, et donc y compris en Afrique, en incitant les entreprises américaines à investir dans les secteurs de l'agriculture, de l'infrastructure et de l'énergie en Afrique. Le département d'État a récemment conduit une délégation de représentants de dix entreprises américaines et dont le but était de promouvoir les intérêts des milieux d'affaires américains dans le secteur énergétique de l'Afrique de l'Ouest, de l'Est et autrale pour appuyer le développement de l'infrastructure sur le continent. Dans le droit fil de notre action diplomatique axée sur l'établissement de liens entre les intérêts commerciaux et le développement, nous travaillons pour voir se conclure des accords concrets propres à stimuler la croissance économique et la création d'emplois en Afrique et aux États-Unis.
Nous savons le rôle critique que joue la santé pour une croissance économique soutenue et la stabilité économique à long terme. Fidèle à notre approche holistique, le gouvernement Obama a mis en route l'Initiative pour la santé dans le monde, la GHI, par laquelle les États-Unis s'engagent à combattre des maladies et à améliorer les systèmes de santé avec nos partenaires africains. Dans le cadre de cette initiative, les États-Unis contribuent à l'amélioration de la santé des femmes, des nouveau-nés et des enfants dans le domaine des maladies infectieuses, de la nutrition, de l'eau et de la protection maternelle et infantile. Cette initiative fait fond sur les succès du Plan présidentiel d'aide d'urgence à la lutte contre le sida (PEPFAR), de l'Initiative du président contre le paludisme et du Programme des maladies tropicales négligées. Avec le PEPFAR, les États-Unis mettent un traitement antirétroviral salvateur à la disposition de près de 4 millions de personnes, la grande majorité d'entre elles se trouvant en Afrique. Les États-Unis sont aussi le premier et le plus gros donateur du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ; de fait, nous avons fourni à ce jour plus de 5,8 milliards de dollars à ce partenaire multilatéral puissant dans le cadre de nos efforts en faveur de la santé dans le monde. J'ai vu de mes propres yeux le travail accompli à l'hôpital de Bwaila au Malawi, où des agents de l'USAID et des Centers for Disease Control s'employaient avec leurs homologues malawites à prévenir ensemble la transmission du VIH de la mère à l'enfant, à assurer l'accès à des soins prénatals adéquats et à prodiguer chaque jour des services pédiatriques de base à environ 200 mères et à leurs enfants.
Et enfin, pour être soutenue, la croissance exige un climat de paix et de sécurité. Le dernier élément de cette approche holistique sur lequel je souhaite attirer votre attention aujourd'hui concerne l'efficacité et la responsabilité des services de sécurité. Les tensions, conflits et violences politiques empêchent le continent de se doter d'une économie dynamique, étant donné que ces phénomènes détruisent l'infrastructure des exportations et qu'ils ralentissent l'intégration régionale, quand ils ne lui font pas faire marche arrière. Les forces armées et de sécurité africaines jouent un rôle positif aussi bien que négatif dans le développement des institutions gouvernementales. En Afrique de l'Ouest, les Casques bleus africains ont contribué de manière importante à la reconstruction du Libéria et de la Sierre Leone, que la guerre avait ravagés. Mais comme nous l'avons vu tout récemment au Mali, l'armée peut compromettre des décennies d'acquis démocratiques. C'est pour cette raison qu'une composante critique de notre engagement avec l'Afrique consiste à aider les pays africains à se doter d'armées professionnelles pour assurer la défense nationale d'États souverains et la sécurité de la population dans le respect de l'autorité civile. De même, nous appuyons la création d'une garde côtière et d'une force de sécurité maritime efficaces, capables de faire appliquer les zones économiques exclusives et de freiner la pêche illégale, ainsi que la création d'une force professionnelle de sécurité des frontières pour contrer les trafics illicites.
J'ai consacré beaucoup de temps à la discussion du potentiel immense de l'Afrique et des moyens par lesquels nous aidons nos partenaires sur le continent à l'exploiter. Je suis toutefois pleinement consciente des défis considérables que beaucoup de pays africains doivent encore surmonter. Nous continuons de nous concentrer sur la recherche d'une solution durable au différend qui oppose encore le Soudan et le Soudan du Sud. De même, la question du conflit et de l'instabilité en Somalie reste posée. Ceci dit, le Gouvernement fédéral provisoire avec lequel je me suis entretenue à Nairobi et la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM) marquent assurément des points dans leur lutte contre les shebab. Les gains politiques restent difficiles à réaliser, et le peuple somalien continue de faire les frais de la violence. Et malheureusement, la Somalie demeure une source d'instabilité dans la région et dans le monde. Lors de ma visite au Kenya, je suis allée au camp de réfugiés de Dadaab, dans le nord, qui est l'équivalent de la quatrième ville du pays. Ma rencontre avec un réfugié âgé de 20 ans qui est né dans ce camp et qui n'a jamais eu l'occasion d'en partir m'a rappelé avec force le lourd tribut que paie la population au conflit en Somalie. Lors de ma visite au Nigéria, j'ai pris la mesure des questions graves et de l'insécurité auxquelles doit faire face cette puissance régionale, y compris du problème que posent Boko Haram dans le nord du pays et les groupes de criminels dans le delta du Niger. Dans le nord du Nigéria, il est essentiel que le gouvernement s'attaque aux disparités sociales et économiques qui ont contribué à la crise liée à Boko Haram. Bien des défis auxquels se heurte le continent transcendent les frontières. Malgré les efforts les plus vaillants que nous déployons dans le cadre de l'Initiative alimentaire pour l'avenir et d'autres programmes, l'insécurité alimentaire reste généralisée à travers le continent, et les effets du changement climatique risquent de saper les progrès considérables que nous avons faits dans ce domaine. Il suffit de regarder le sommet du mont Kilimandjaro pour constater la régression des neiges survenue ces dernières années, signe que le changement climatique a déjà un impact important. La faiblesse des infrastructures est un autre défi de taille, et ce bien que des gouvernements africains et des intervenants privés investissent à eux tous quelque 72 milliards de dollars par an dans la construction de nouvelles infrastructures. Qu'il s'agisse d'électricité, d'eau ou des transports, l'insuffisance des infrastructures continue d'entraver sérieusement la croissance.
Notre évaluation réaliste de l'ampleur de ces enjeux n'attaque en rien ma conviction qu'en poursuivant une approche holistique à même d'encourager la croissance économique et de renforcer les institutions démocratiques nous pouvons accompagner efficacement l'Afrique, en tant que partenaires, pour l'aider à exploiter pleinement son potentiel et à devenir un membre plus fort et plus efficace de la communauté internationale. Il ne fait aucun doute que le chemin à parcourir reste difficile, mais si nous pouvons dépasser le cadre des questions qui font l'actualité et voir ce qui se passe réellement sur le terrain nous reconnaîtrons les signes de la croissance économique et de l'émergence d'institutions démocratiques, ce qui augure bien de l'avenir pour l'Afrique.
Une fois encore, je tiens à remercier l'USIP de sa généreuse hospitalité qui nous a permis d'avoir cette discussion aujourd'hui. Je serai ravie de répondre à vos questions.