« Travaillez plus, gagnez moins » : les femmes ne sont pas les seules perdantes
Hillary Rodham Clinton
L'un des marchés à plus forte croissance au monde pourrait vous surprendre. Vous avez entendu parler des possibilités qui voient le jour dans des pays, en Chine par exemple, dans des régions, telle l'Asie, et dans des industries, dont celle de la technologie verte. Mais un vaste marché naissant n'a pas reçu l'attention qu'il mérite : celui des femmes.
Aujourd'hui, on compte plus de 200 millions de femmes chefs d'entreprises à travers le monde. Les femmes gagnent plus de dix mille milliards de dollars chaque année, et ce chiffre devrait grossir de cinq mille milliards de dollars dans les quelques années à venir. Dans beaucoup de pays en développement, le revenu des femmes augmente plus vite que celui des hommes.
De tels faits devraient avoir de quoi convaincre les gouvernements et les grands patrons que le fait d'investir dans les femmes constitue une stratégie de création d'emplois et de croissance économique. De fait, nombre d'entre eux agissent en ce sens. Malgré tout cela, les femmes talentueuses forment un groupe qui est sous-utilisé, sous-payé et sous-représenté tant dans le monde des affaires que dans la société.
À travers le monde, les femmes font les deux tiers du travail, mais elles ne gagnent que le tiers du revenu et elles possèdent moins de 2 % des terres. Trois milliards de personnes n'ont pas accès aux services financiers de base que nous tenons pour acquis, tels un compte en banque ou une ligne de crédit ; la majorité de ces personnes sont des femmes.
Certes, nous voyons les conséquences de l'exclusion des femmes au Moyen-Orient, où la carence d'accès à la scolarisation et au monde des affaires entrave le développement économique et a contribué à la contestation sociale.
Si nous investissons dans l'éducation des femmes et que nous leur donnons les moyens d'avoir accès au crédit ou de monter une petite entreprise, nous alimentons une puissante locomotive qui est source de progrès pour les femmes, leur famille, leur communauté et leur pays. Les femmes investissent 80 % de leur revenu dans leur famille et dans leur communauté.
Effet d'entraînement
Quand les femmes ont un accès égal à la scolarisation et aux soins de santé ainsi que la liberté de monter une entreprise, les avantages économiques, politiques et sociaux se répercutent bien au-delà de leur foyer.
Au département d'État, le soutien des femmes à travers le monde constitue un élément critique de la politique étrangère des États-Unis. Nous incorporons l'entrepreneuriat des femmes dans notre programme économique international et nous encourageons leur accès aux marchés par le canal de la loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA), de l'initiative « Voies vers la prospérité » et de conférences sur l'entrepreneuriat féminin.
Les États-Unis accueilleront en 2011 le Forum de coopération économique Asie-Pacifique pour encourager la croissance et accroître les possibilités offertes aux femmes à travers la région. En liaison avec le secteur privé, nous faisons des dons à des organisations non gouvernementales locales à travers le monde qui sont vouées à la cause des femmes et des filles.
Combler l'écart
Nous encourageons les gouvernements et le secteur privé à utiliser les outils à leur disposition pour prodiguer à davantage de femmes des crédits, des services bancaires et des services d'assurance. Par le biais de notre initiative « mWomen », nous allons commencer à combler l'écart entre les sexes en matière d'accès à la technologie mobile, ce qui aura pour effet d'améliorer les soins de santé, l'alphabétisation, l'éducation et le potentiel économique.
C'est un pôle d'action qui figure au centre de mon activité diplomatique d'approche. Où que j'aille dans le monde, j'ai des entretiens avec des gouvernements, des organisations internationales et des groupes civiques sur les politiques économiques qui favoriseront la croissance de leur pays en élargissant l'accès des femmes à l'emploi et au crédit.
Quantité de puissantes sociétés américaines se sont ralliées à cette mission. ExxonMobil apprend à des femmes chefs d'entreprises comment plaider en faveur de mesures qui vont multiplier les possibilités. Coca-Cola s'est fixé un ambitieux pari, celui d'autonomiser et de former 5 millions de femmes chefs d'entreprises à travers le monde d'ici à 2020.
Améliorer l'accès
Le groupe Goldman Sachs a mis en route l'initiative « 10.000 femmes » qui vise à assurer des compétences dans le domaine du commerce et de la gestion à des femmes qui n'y n'auraient pas accès autrement. Ernst & Young entend valoriser le potentiel productif des femmes avec son programme « Winning Women », par le biais duquel diverses personnalités influentes des États-Unis enseignent des stratégies de croissance à des femmes chefs d'entreprises. Les entreprises du monde entier ne demandent qu'à accroître la productivité, désireuses qu'elles sont d'alimenter la croissance économique et d'exploiter la puissance des marchés naissants par le biais d'une plus grande diversité.
Comme l'a dit le président de la Banque mondiale, M. Robert Zoellick, « l'égalité des sexes est un atout pour l'économie ».
Des gouvernements adoptent des lois qui appuient l'autonomisation économique des femmes et attirent l'attention sur leurs droits. Le Botswana a levé les restrictions sur les industries dans lesquelles les femmes peuvent travailler, par exemple. Le Maroc permet maintenant aux femmes de monter une entreprise et d'avoir un emploi sans l'autorisation de leur mari. La Bolivie a commencé à modifier son régime foncier parce qu'elle reconnaît que les femmes ont autant de droits que les hommes d'être propriétaires.
Cette semaine, nous marquons le centième anniversaire de la Journée internationale de la femme. C'est l'occasion de rendre hommage aux réalisations des femmes. Sans aucun doute, les progrès réalisés au cours du siècle passé ont été étonnants, quelle que soit la mesure retenue ou presque, dans le domaine de la santé des femmes, de leurs possibilités économiques, de leur pouvoir politique et autre. Aujourd'hui, les femmes sont des chefs de file dans tous les domaines.
Passer du stade des idées à celui de l'action
Jamais encore autant de forces n'ont-elles agi en synergie pour promouvoir l'égalité des sexes.
Pour autant, la Journée internationale de la femme est aussi l'occasion de reconnaître l'ampleur de la tâche qui demeure pour soutenir les femmes et les filles à travers le monde. J'encourage celles et ceux qui me lisent à réfléchir à ce qu'ils peuvent faire, seuls et avec leurs amis, pour soutenir les femmes - et traduire des mots et des idées en actions.
Si nous décidons, en tant que sociétés, gouvernements et entreprises, d'investir dans les femmes et les filles, nous renforcerons l'action que nous menons en vue de combattre la pauvreté, de stimuler le développement et de faire rayonner la stabilité. Quand les femmes sont prospères, les familles, les communautés et les pays le sont aussi - et le monde devient plus pacifique et plus prospère lui-même.
