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Textes-Transcriptions

Les métiers de traducteur-interprète

Discussion en ligne avec l'Afrique francophone

28 août 2009

Traducteur-réviseur au département d'État, René Soudée a répondu, le 27 août, aux questions d'interlocuteurs africains relatives aux métiers de traducteur et d'interprète. Cette séance était animée par M. Peter Galus, spécialiste des discussions en ligne au Bureau des programmes d'information internationale du département d'État.

Peter Galus : Bonjour !

Peter Galus : La discussion en ligne aura lieu le 27 août à 11 h (heure de Washington) ou 16 h GMT.

Peter Galus : Nous allons discuter de la profession de traducteur.

Peter Galus : S'il vous plaît, posez vos questions !

René Soudée : Bonjour à tous nos amis et collègues d'Afrique. Ici René Soudée, traducteur au département d'État depuis une trentaine d'années. Je serai heureux de répondre à vos questions relatives au métier de traducteur, c'est-à-dire : quelles sont les aptitudes et les connaissances nécessaires, quel type de formation dois-je acquérir, etc. Il ne s'agit donc pas d'une discussion sur l'art de la traduction, encore que je vous présenterai quelques exemples vous montrant que c'est vraiment un art. J'ajoute simplement que je répondrai à toutes vos questions en français.

Lady N : comment s'y mettre dans le métier de traduction ?

René Soudée : Merci de votre question qui va au cœur de la discussion. J'aurai l'occasion de vous présenter quelques données fondamentales au cours de la discussion. Disons, pour commencer, que c'est un métier passionnant, qu'il s'agisse de traduction ou d'interprétation. C'est également un métier exigeant et intensif, et il faut d'abord savoir si on veut être principalement traducteur ou interprète. Le travail du traducteur consiste à traduire des textes par écrit. Il est différent du métier d'interprète qui fournit toujours une prestation orale. Si vous aimez rédiger, écrire, orientez-vous vers la traduction. Si vous aimez discuter, parler, communiquer avec les gens, peut-être l'interprétation sera-t-elle la voie à suivre. Je connais des personnes qui font les deux, mais toutes ont une préférence pour l'une ou l'autre spécialité.

Kine : Je suis une passionnée de la traduction et je suis à l'aise avec les 2 langues. Au Sénégal il y a une école qui offre un certificat de traduction pour 3 mois de formation. Pensez-vous qu'on peut devenir traducteur après cette formation ? Merci de nous avoir offert ce webchat.

CO.NX Modérateur (Peter) : Bienvenue à notre discussion en ligne.

CO.NX Modérateur (Peter) : Nous commencerons bientôt.

CO.NX Modérateur (Peter) : Si vous venez de vous joindre à nous, n'hésitez pas à vous présenter.

René Soudée : Après une formation de 3 mois, on n'est pas nécessairement traducteur. Il s'agirait plutôt d'un cours de perfectionnement de connaissances déjà acquises. En effet, pour devenir traducteur ou traductrice, il faut en premier lieu avoir un niveau élevé de connaissances linguistiques et une maîtrise absolue de sa langue maternelle. Il est nécessaire d'avoir un bon niveau de culture générale et une grande curiosité sur de larges domaines de savoir. Il faut aimer écrire (ou interpréter) dans sa langue natale et au besoin dans les autres langues connues. La plupart des formations durent 2, 3 voire 4 ans. J'aurai des précisions là-dessus plus tard.

Ousmane Mboup : les gens confondent souvent un traducteur et un interprète. Pouvez-vous nous édifier sur cela ?

CO.NX Modérateur (Peter) : Bonjour !

René Soudée : Ousmane, le travail du traducteur consiste à traduire des textes par écrit. Il est différent du métier d'interprète qui fournit toujours une prestation orale. Un interprète doit avoir une grande facilité de langage, il ne doit pas craindre de faire quelques erreurs de style s'il doit interpréter rapidement. C'est une gymnastique cérébrale tout autre que celle du traducteur, qui doit polir et repolir sa traduction. Celle-ci sera sans doute imprimée et distribuée, alors qu'une interprétation est faite sur le vif. Comme on dit, les paroles s'envolent, les écrits restent. Il faut une aptitude spéciale pour être interprète simultané, savoir écouter une phrase tout en traduisant la phrase qui précède.

kaba ibrahima : Quels sont les problèmes fondamentaux que les traducteurs de nos jours traversent avec l'évolution de la science et de la technologie ?

CO.NX Modérateur (Peter) : Vous êtes encouragés à poser des questions !

gamy : qu'entendez-vous par behind door meeting ?

René Soudée : Kaba, les progrès fulgurants de l'informatique font qu'une connaissance du traitement de texte et de l'usage de l'Internet est devenue fondamentale. En revanche, on ne peut pas se fier à un ordinateur : le métier de traducteur ne disparaîtra pas. Jamais un ordinateur ne pourra remplacer un bon traducteur.

René Soudée : Gamy, un « behind door meeting » est je crois une réunion à huis clos.

Kine : Malheureusement il n'existe pas d'écoles de traduction/interprétariat au Sénégal, c'est un métier qui passionne une bonne frange de la société mais il faut aller à l'étranger pour une bonne formation.

oumar : are you here ?

CO.NX Modérateur (Peter) : Oui

Eva/ dakar : bsoir c'est eva dakar

CO.NX Modérateur (Peter) : Bonjour, Eva !

Mamadou Bobo Diallo : Barry mohamed lamine, depuis Conkary Guinee

René Soudée : Kine, vous avez raison, et merci de votre question très importante. Le métier de traducteur et d'interprète exige une bonne formation, et c'est malheureusement surtout à l'étranger, en France notamment, qu'on l'obtiendra. Voici un aperçu des possibilités, vous verrez que le Congo est mentionné.

Le master constitue une excellente formation à ce métier. L'accès au master se fait avec une licence, ou équivalent, généralement en langue de type LCE (Langues, littératures et civilisations étrangères) ou LEA (Langues étrangères appliquées). Les études de master durent deux ans.

- L'E.S.I.T. Parmi les établissements les plus réputés qui forment au métier de traducteur, on peut citer l'École supérieure d'interprètes et de traducteurs (E.S.I.T) http://www.univ-paris3.fr/esit/ à Paris, qui prépare à un master « Sciences du langage, didactique des langues » spécialité « traduction éditoriale, économique et technique ».Il est possible d'y passer également le D.E.A. (Diplôme d'études approfondies) et le Doctorat de traductologie. L'école travaille des langues comme l'allemand, l'anglais, l'arabe, le chinois, l'espagnol, le français, l'italien, le russe, le japonais, le polonais ou le hongrois.

- L'Institut de perfectionnement en langues vivantes (I.P.L.V.) http://www.uco.fr/02458855/0/fiche___pagelibre/&RH=FM de l'Université catholique de l'Ouest, à Angers, propose un master européen en traduction spécialisée (M.E.T.S.). La formation comporte une partie dans des écoles étrangères à Bruxelles, Anvers, Leipzig et Barcelone. Les langues de travail sont l'allemand, l'anglais, le français, l'italien et le néerlandais.

- L'Institut supérieur d'interprétation et de traduction (I.S.I.T.) http://www.isit-paris.fr/ comporte une filière traduction en deux, trois ou quatre ans selon le niveau d'entrée.

- L'Institut de traducteurs, d'interprètes et de relations internationales (I.T.I.-R.I) http://u2.u-strasbg.fr/itiri/ de Strasbourg prépare au master « langages, cultures et sociétés », mention « langues et cultures en contact » avec vingt-sept langues proposées en apprentissage.

Sall/Dakar : Quelles sont les aptitudes et les connaissances nécessaires pour être un bon traducteur ?

René Soudée : Sall, - Pour devenir traducteur ou traductrice, il faut en premier lieu avoir un niveau élevé de connaissances linguistiques et une maîtrise absolue de sa langue maternelle. - Il est nécessaire d'avoir un bon niveau de culture générale et une grande curiosité sur de larges domaines de savoir.- Il est nécessaire de lire beaucoup, en particulier dans le domaine de spécialisation, et se tenir au courant de l'évolution de la terminologie.- Il faut aimer écrire (ou interpréter) dans sa langue natale et au besoin dans les autres langues connues.- Dans l'exercice de sa fonction, il devra veiller à adapter sa traduction à la culture destinataire, aux besoins de l'utilisateur mais aussi aux usages, normes et conventions applicables.

Abdoul Madiou Diallo : FROM CONAKRY,QU'EST QUIL FAUT POUR ETRE UN BON TRADUCTEUR ?

CO.NX Modérateur (Peter) : Conseils d'utilisation

CO.NX Modérateur (Peter) : PC : agrandir l'écran en appuyant sur la touche F11

René Soudée : Abdoul, il faut avoir les aptitudes et les connaissances que j'ai mentionnées plus haut. De plus, il est très utile d'avoir une formation comme je l'ai également indiqué. J'espère que ces renseignements seront utiles.

Eva/ dakar : Quels sont les critères pour une bonne traduction

Mamadou Bobo Diallo : Kadiatiou CISSE, depuis Conakry

Mamadou Bobo Diallo : Mamadou Bobo DIALLO

René Soudée : Eva, une bonne traduction ne doit pas « sentir » l'anglais ou toute autre langue source, mais elle doit refléter le sens du texte source. Je vous donne un exemple : Comment traduire une phrase très simple telle que : « He ran across the street. »

- Traduction horrible, qui ne pourrait sortir que d'un ordinateur : « Il courut à travers la rue. »

- Traduction moins mauvaise : « Il traversa la rue en courant. »

- Mieux encore : « Il traversa la rue au pas de course. »

- Mieux encore : « Il traversa la rue comme une flèche. »

- Mieux encore : « Il traversa la rue à toutes jambes !»

- Mieux encore, si le contexte s'y prête (la rue n'est pas mentionnée) : « Il prit ses jambes à son cou ! »

gamy : mariame bah, conakry : Faut-il être un traducteur de profession pour faire un bon travail de traduction ? Quelle est l'historique de la traduction et son rôle de nos jours ? Quelles sont les nouvelles méthodes de la traduction ? Quel est le rôle des interprètes ( émissaire) ?

CO.NX Modérateur (Peter) : La discussion en ligne sera en français.

CO.NX Modérateur (Peter) : Je vous remercie pour vos questions. Nous les examinons en ce moment !

René Soudée : Gamy, il est conseillé, mais nullement nécessaire d'être un traducteur de profession pour faire un bon travail. Il faut avoir du talent. Il faut avoir de la curiosité intellectuelle. Il faut aimer la précision. Il faut être patient et aimer faire des recherches linguistiques, culturelles et historiques. Au sujet de l'historique, c'est un long sujet, mais disons que ce métier connaît un développement extraordinaire depuis une cinquantaine d'années. Les peuples dialoguent entre eux, il faut qu'ils se comprennent. À l'ONU, à l'Union européenne, le métier de traducteur et celui d'interprète sont très valorisés et recherchés. Les critères d'embauche sont strictes. Les nouvelles méthodes de traduction : voici quelques données :

- TRADOS, logiciel d'aide à la traduction http://www.trados.com/fr/. Cette « mémoire de traduction » est employée par de nombreux traducteurs travaillant en profession libérale pour le département d'État. Notons qu'il ne s'agit pas d'un logiciel de traduction, ce programme ne traduit rien. Mais il constitue pour le traducteur un assistant informatique utile en lui rappelant les traductions qu'il a déjà faites de mots et d'expressions précédemment utilisées. C'est une base de données linguistique qui enregistre votre traduction au fur et à mesure que vous progressez dans votre travail, vous évitant ainsi d'avoir à traduire plusieurs fois la même phrase.

Ainsi, chaque traducteur possède une base de données, qu'il enrichit au fur et à mesure. Au bout d'un certain temps, confronté au texte anglais, le logiciel fait des recherches instantanées des traductions qui se trouvent dans la base et les propose au traducteur. Il s'agit donc d'une aide personnalisée au traducteur et non d'un programme qui tente de sortir une traduction « à la Google » en faisant à peu près du mot à mot.

Il existe beaucoup de logiciels de traduction. Ils sont tous plus ou moins utiles, aucun n'est vraiment bon. La Banque mondiale, le Fonds monétaire, l'ONU et d'autres organisations en ont essayé, soit les achetant dans le commerce, soit en tentant de les fabriquer de toutes pièces. Les résultats ont toujours été inégaux.

Mamadou Bobo Diallo : Mohamed Lamine barry - Y a-t-il des conséquences pour une traduction mal faite ?

CO.NX Modérateur (Peter) : À propos du CO.NX : Global Digital Outreach Project

CO.NX Modérateur (Peter) : Nous vous offrons des discussions en ligne avec des spécialistes sur une variété de sujets.

CO.NX Modérateur (Peter) : Notre objectif est de communiquer avec les gens du monde entier sur des questions importantes.

René Soudée : Mamadou, une traduction mal faite peut avoir des conséquences irrémédiables. Parfois la langue source est ambiguë, parfois on interprète mal. Cela arrive à tout le monde. Ainsi, il y a longtemps, le président Carter, arrivant en Pologne, a déclaré qu'il aimait le peuple polonais, qu'il l'avait dans son cœur. Hélas, l'interprète polonais a déclaré que le président Carter désirait charnellement le peuple polonais. Cela a fait un petit incident diplomatique, qui a ridiculisé le président et terminé la carrière du malheureux interprète.

CO.NX Modérateur (Peter) : Si vous désirez en savoir plus, écrivez-nous à conx@state.gov ou consultez http://co-nx.state.gov

Eva/ dakar : J'ai remarqué que beaucoup de personnes utilisent le net pour la traduction alors qu'ils n'ont pas appris la technique. Est-ce une bonne tactique ou non ?

René Soudée : Eva, la traduction sur le Net n'est utile que pour avoir un aperçu de ce qui est écrit dans une langue inconnue. C'est un exercice utile uniquement pour la compréhension d'un texte. Cet exercice est cependant très dangereux et nuisible au bon traducteur, car on lui présente à longueur de journée des traductions mot-à-mot, bancales, qu'il risque ensuite d'adopter, simplement par habitude.

gamy : diallo alpha oumar, conakry : Qui fut le fondateur de la traduction ?

fantamady : bonjour, je suis m.Doumbia depuis BAMAKO ? comment allez-vous ?

CO.NX Modérateur (Peter) : Très bien, Merci !

René Soudée : Gamy, question très intéressante ! ! Le fondateur de la traduction n'est pas connu. La traduction existe depuis que l'humanité parle des langues différentes. Cela doit remonter à des dizaines de milliers d'années !

Attaher Maiga,conakry : Quel a été le premier document traduit ? et par qui ? et quel ce document ou ouvrage ?

René Soudée : Attaher, l'un des premiers documents traduits que nous possédons est une tablette en granit où un texte égyptien a été gravé à côté de sa traduction grecque. C'est l'un des éléments qui a aidé Champollion à élucider le mystère des hiéroglyphes. On peut donc dire que l'une des traductions les plus anciennes connues vient d'Afrique.

bokocbk : je suis Benjamin kodio DU Mali. Comment le traducteur peut-il être fidèle au texte donné ?

René Soudée : Benjamin, pour être fidèle au texte donné, il faut en traduire non pas les mots, mais le sens. Ainsi, tout dépend du contexte. Je vous donne un exemple : comment traduit-on en français la phrase anglaise toute simple : « I need a lift  ». Eh bien, tout dépend : - Si je dois grimper aux étages supérieurs d'un grand immeuble : « Il me faut un ascenseur.»- Si je dois me déplacer et suis sans moyen de transport : « J'ai besoin d'un chauffeur, ou qu'on me conduise.»- Si je suis déprimé : « J'ai besoin qu'on me remonte le moral», voire : « J'ai besoin d'un remontant ».- Si j'ai la peau ridée : « Il me faudrait un lissage ! !»

kaba ibrahima : Mamadou Malal Barry Conackry, Quels conseils pouvez-vous donner au traducteur ?

CO.NX Modérateur (Peter) : Vos questions sont excellentes ! Nous répondons rapidement.

René Soudée : Mamadou, un traducteur doit être patient envers lui-même. Il doit aimer fouiller dans les dictionnaires, chercher le meilleur mot, la meilleure interprétation. Il doit aimer et savoir écrire ! Baudelaire fut un excellent traducteur des poèmes d'Edgar Allen Poe.

Mamadou Bobo Diallo : Diallo Alpha oumar, Quelle règle faut-il suivre pour être un bon interprète ?

René Soudée : L'interprétariat exige un esprit vif, rapide. Il faut aimer dialoguer. Il faut ensuite suivre une formation intensive, notamment pour se spécialiser, dans le domaine commercial, juridique, artistique, etc. Ces formations sont disponibles aux adresses que j'ai citées plus haut.

ibrahima ba : pour quelqu'un qui a fait des études de langue de type LCE (Langues, littératures et civilisations étrangères) incluant un module de traduction, a-t-il forcément besoin d'une formation supplémentaire pour devenir traducteur ?

CO.NX Modérateur (Peter) : Si vous venez de vous joindre à nous, René Soudée est un traducteur au département d'État depuis une trentaine d'années.

René Soudée : Ibrahim, Non, il n'a pas forcément besoin d'une formation supplémentaire. Si on a du talent pour écrire, cela peut suffire. Mais alors, il faut faire ses preuves. Le traducteur exerce souvent en profession libérale. Il arrive toutefois qu'il soit salarié d'une entreprise ou d'une administration. Dans l'un ou l'autre cas, si le traducteur ne fournit pas un travail satisfaisant, on lui fait comprendre assez vite qu'il a intérêt à chercher un autre métier.

Fafa Sene/Dakar : Est ce qu'il est fidèle d'interpréter en 30 secondes ce que la personne a dit en 1mn30s. Expliquez-nous s'il y a un système pour résumer un discours

René Soudée : Fafa, c'est tout un art. Oui il est possible d'interpréter fidèlement tout en résumant, mais il faut que deux conditions soient remplies : il faut que les deux personnes qui s'entretiennent soient d'accord pour que l'on résume leurs propos. Deuxièmement, il faut que l'interprète n'oublie rien d'essentiel dans la conversation, et cela est donc un art, qui, comme tout art, exige une pratique fréquente. C'est comme un instrument de musique, pour interpréter une partition musicale, il faut avoir beaucoup pratiqué.

diane sitan : diane sitan, Quand vous parlez de formation intensive dans le domaine juridique, artistique... cela doit prendre combien de temps et peut on le faire sur le net ?

CO.NX Modérateur (Peter) : Nous vous remercions de votre patience. Nous avons beaucoup de personnes avec nous aujourd'hui !

René Soudée : Diane, Il existe différentes spécialités dans le métier de traducteur. Il peut s'agir de traduction littéraire (romans, poésie, nouvelle), de traduction théâtrale, de traduction éditoriale, de traduction technique, de traduction médicale, de traduction financière, de traduction juridique ou de traduction scientifique.- La traduction peut avoir diverses destinations comme le multimédia, l'audiovisuel (cinéma ou télévision) avec les sous-titrages ou les doublages ou l'adaptation aux conditions linguistiques et culturelles locales, de documents ou logiciels par exemple. Il n'y a pas d'obligations légales concernant la pratique de ce métier. L'obligation de résultat nécessite un professionnalisme et une certaine expérience, voire une spécialisation. Ainsi, je ne puis vous dire combien de temps serait nécessaire. Une chose est certaine, il faut savoir ce qu'on fait, et l'acquisition de ces connaissances spécialisées demande du temps.

Sall/Dakar : Comment est-ce qu'on peut se faire des clients en étant un traducteur freelance ?

René Soudée : Sall, c'est une question importante. Pour se faire des clients, il faut commencer à la base, se faire connaître, au besoin passer des concours. Ainsi, au département d'État, tout traducteur ou interprète freelance doit subir un examen assez rigoureux. Une fois qu'on a réussi à ces concours, le champ devient tout de suite plus étendu, car le monde entier a besoin de traducteurs et d'interprètes professionnels. Comme je l'ai dit, ce métier ne disparaîtra pas, il ne sera jamais remplacé par un ordinateur. La clientèle s'agrandit selon le mérite et l'assiduité du professionnel. Bien entendu, il est recommandé d'adhérer à des associations de traducteurs.

VOICI QUELQUES SITES ET ASSOCIATIONS- La Fédération internationale des traducteurs http://www.fit-ift.org/fr/accueil.php- La Société française des traducteurs http://www.sft.fr/- L'Association des traducteurs littéraires de France http://www.atlf.org/- L'Association de traducteurs agréés (juridique) http://traducteurs.experts.free.fr/- L'Association des traducteurs de l'audiovisuel http://www.traducteurs-av.org/- L'Association des traducteurs et interprètes du Congo http://members.fit-ift.org/fr/node/689.

keita daouda : je suis keita daouda de bamako mali Est-il possible pour un étudiant qui a sa maîtrise en anglais d'obtenir une bourse de formation d'interprète, de traducteur en anglais dans les pays de la sous-région ? si oui comment et quand ?

René Soudée : Si vous avez une maîtrise en anglais, c'est un atout majeur ! Mais l'obtention d'une bourse dans la sous-région est une autre affaire, et il faudrait se renseigner auprès des universités et des écoles de traduction de cette région. Malheureusement, l'Afrique manque cruellement de telles écoles, il en existe, comme je l'ai dit, au Sénégal, au Congo, mais aussi en Afrique du Sud et au Nigéria. Consultez le Net, c'est mon meilleur conseil.

hamidou : Combien de temps faut-il pour bien apprendre à parler une langue ?

René Soudée : C'est l'affaire de toute une vie ! Et cela dépend : si vous faites un séjour prolongé (un an, deux ans) dans un pays dont vous aimeriez apprendre la langue, vous pouvez bien apprendre cette langue à condition de réaliser une immersion totale. Si vous suivez des cours par correspondance, cela sera beaucoup plus long et difficile.

Fafa Sene/Dakar : Parfois on traduit bien mais on vous dit que vous avez trahi le texte. Dites-nous quand est-ce que cela arrive, aussi en littérature est ce qu'il y a certaines écritures qui renferment des pièges difficiles à traduire ?

René Soudée : Il existe un dicton en italien selon lequel tout traducteur est en fait un traître, obligatoirement. De fait, il est parfois impossible de rendre toutes les nuances du texte source. Alors, il faut suppléer à cette lacune par des nuances similaires qui appartiennent au génie de la langue cible. C'est un art, et le bon traducteur littéraire n'est nullement un technicien, mais un artiste. Je dis souvent à mes collègues, lorsque je dois faire une traduction vraiment soignée d'un texte en anglais : «Je traduis d'abord, ensuite je mets en français.»

Sall/Dakar : Est-ce qu'un traducteur français a plus d'avantages et se fait des clients plus facilement que l'Africain qui a appris le français à l'école ?

CO.NX Modérateur (Peter) : Nous n'avons pas fini. Nous allons continuer à répondre à vos questions pendant 15 minutes.

René Soudée : Sall, Non, l'Africain qui a appris le français à l'école peut posséder la langue française mieux qu'un Français. Cela tient à ce que les Français admettent souvent plus d'anglicismes que d'autres francophones, tandis que les Québécois, les Sénégalais, les Maliens, etc etc ont souvent un grand souci de pureté de la langue, et je les en félicite. Naturellement, tout dépend en définitive de la personne, mais personne à mon avis ne possède d'avantage particulier, pour ce qui est des aptitudes. En revanche, les Français ont plus accès aux formations spécialisées.

René Soudée : Je vais rester en ligne encore un quart d'heure pour répondre à d'autres questions. Toutes vos questions sont extrêmement intéressantes et valables ! J'aimerais y répondre à toutes, mais ce n'est malheureusement pas possible.

Fafa Sene/Dakar : Est-ce qu'un traducteur littéraire est qualifié à traduire un texte scientifique ? Aussi est-ce que être traducteur professionnel veut dire qu'on peut tout traduire ?

René Soudée : Un traducteur littéraire est parfaitement qualifié pour traduire un texte scientifique, à condition qu'il s'instruise de cette discipline scientifique de manière à bien comprendre le sens du texte source. Être traducteur professionnel ne signifie pas qu'on peut tout traduire. On rencontre de plus en plus de spécialisations. Comme je l'ai dit, Il peut s'agir de traduction littéraire (romans, poésie, nouvelle), de traduction théâtrale, de traduction éditoriale, de traduction technique, de traduction médicale, de traduction financière, de traduction juridique ou de traduction scientifique.

Dieng/ dakar : Que veut dire un artiste en traduction ?

René Soudée : Un artiste est une personne qui interprète la réalité de façon à passer un message. Pour le traducteur/interprète, ce message ne lui appartient pas, il en est le diffuseur dans une autre langue. Mais cette diffusion doit contenir la même quantité d'art, de qualité, de fidélité au message.

kaba ibrahima : Mamadou Malal Barry / conackry La traduction et l'interprétariat, qu'est-ce qui est plus difficile ?

René Soudée : Les deux sont également difficiles et exigeants. On a simplement plus d'aptitude pour l'une ou l'autre spécialité, et c'est à vous de choisir.

Fafa Sene/Dakar : J'ai entendu dans un documentaire portant sur le volcan de Pompéi qu'il n'existe pas de mot volcan dans le vocabulaire grec, si c'est vrai comment un interprète pourrait s'atteler à cette tâche ?

René Soudée : Je pense que le documentaire fait erreur : la notion de volcan doit exister en grec. Mais si le documentaire dit vrai, alors on contourne le problème en disant : la montagne qui crache le feu ! !

Dieng/ dakar : Est-ce qu'il est donné à tout traducteur de traduire un livre ?

René Soudée : Non, il faut beaucoup de patience. Certains traducteurs ne se sentent capables de traduire que des morceaux assez courts. Et cela dépend du livre !

Dieng/ dakar : Est-ce que une seule personne peut traduire tout un livre sans avoir des associés ?

René Soudée : Il faut toujours un associé pour réviser, relire, corriger, faire des suggestions et des observations. Je fais mon métier depuis longtemps mais je ne suis nullement à l'abri de l'erreur, je me fais toujours réviser par un collègue. Les traducteurs qui pensent être parfaits se trompent presque toujours (sauf Baudelaire....)

Fafa Sene/Dakar : Vu que la traduction est un métier qui exige bcp de concentration est-ce qu'il est pour autant rémunéré, en tant que traducteur est-il mieux de travailler en freelance ou être embauché ?

René Soudée : Bonne question. À mon avis, si on peut se faire embaucher pour un salaire honorable, c'est une excellente solution, qui n'exclut d'ailleurs pas de faire de la traduction en freelance à vos moments perdus, comme je l'ai fait moi-même à une époque (j'ai traduit un livre sur le dépistage du sida, j'ai été traducteur aux Jeux olympiques de Séoul, etc, toutes des expériences enrichissantes...)

Dieng/ dakar : Pourquoi sauf Baudelaire explique-moi svp

René Soudée : C'était une sorte de boutade... Baudelaire ayant été un véritable maître de la langue française, et connaissant bien l'anglais, je ne doute pas que ses traductions fussent parfaites !

Sall/Dakar : Combien de mots maximum est-il possible de traduire en un jour ?

René Soudée : Selon la difficulté du texte, on doit pouvoir traduire entre mille et deux mille mots par jour. Il m'est arrivé exceptionnellement de traduire quatre mille mots.

gamy : Comment êtes-vous devenu traducteur ? comment avez-vous développé cet art ? Parfois on tremble devant la masse de telle sorte qu'on pourrait faire une mauvaise traduction, pourquoi ?

René Soudée : Il faut avoir confiance en soi. Il faut se faire relire par une personne de confiance, il faut accepter les corrections. Ainsi, on devient bon traducteur. Un traducteur doit rester humble et ouvert à la critique et aux idées nouvelles. Il ne faut être ni puriste ni laxiste. Mais le plus important est d'avoir la confiance en soi nécessaire pour se dire qu'on sait faire du bon travail.

Mamadou Bobo Diallo : De quels avantages peut-on jouir en étant membre de la Fédération Internationale des Traducteurs ?

René Soudée : De nombreux avantages : on peut s'abonner à des revues de traduction, on peut placer son nom et son c.v. pour se faire connaître, on peut trouver des offres d'emploi, etc.

symoussa : IRC Conakry, Est-ce qu'un traducteur doit être modéré lorsque son client se montre violent dans ses propos ?

René Soudée : C'est un sujet délicat. Votre conscience vous dictera si vous acceptez de faire cette traduction. Si vous êtes interprète et que les interlocuteurs deviennent violents, il faut dire qu'il vous est difficile de continuer dans ces conditions, les prier de se calmer et, si la situation devient impossible, il faut partir.

diane sitan : diane conakry, Quel est le coût de la traduction par page ?

René Soudée : Le coût varie considérablement selon les pays, selon la spécialisation, selon le client. Au département d'État, il existe une échelle de rémunération tenant compte de ces critères. Il faut vous enquérir dans votre pays.

fantamady : Pouvez vous imaginer une passation de pouvoir d'interprète à internet ?

René Soudée : Non, cela ne se produira pas. Je vous ai cité quelques exemples montrant que l'Internet, la traduction instantanée par ordinateur, ne remplacera jamais le cerveau humain. La traduction peut avoir diverses destinations comme le multimédia, l'audiovisuel (cinéma ou télévision) avec les sous-titrages ou les doublages ou l'adaptation aux conditions linguistiques et culturelles locales, de documents ou logiciels par exemple. Seul un être humain est capable de faire ces adaptations et d'écrire dans un style coulant et acceptable, sans craindre de faire des contre-sens.

Dieng/ dakar : Pour bien interpréter faut-il maîtriser les expr. idiomatiques des autres langues ?

René Soudée : C'est indispensable. Toute personne qui parle emploie des expressions idiomatiques, il faut savoir les interpréter ou les contourner par des équivalents. Bien évidemment, il est parfois quasiment impossible de traduire des jeux de mots, des calembours... et il faut souvent bien connaître les proverbes ! !

oumarb toure : Quelle image l'interprète présente dans la société ?

René Soudée : L'interprète est souvent une figure oubliée, qui s'efface dans les médias et dans la vie courante. Mais son rôle est capital, et je crois que la société le respecte profondément, précisément parce qu'il est efficace, discret, rapide, professionnel. C'est un métier respecté, car on sait qu'un interprète possède de vastes connaissances.

Abdoul Madiou Diallo : from conakry, Est-ce que les outils de la traduction ne rendent-ils pas paresseux les traducteurs ?

René Soudée : Il y a divers outils, mais un menuisier ne devient pas paresseux du simple fait qu'il a de bons outils. Il faut savoir se servir de ces outils, dictionnaires, bases de données, Internet, etc., glossaires en tous genres, et il faut les maîtriser, ne pas s'en rendre esclave.

Eva/ dakar : Que dois-je faire pour être une bonne traductrice ?

kaba ibrahima : Mamadou Malal Barry / En quelle année vous avez commencé à traduire ? Quelle option vous avez étudiée à l'université ?

René Soudée : J'ai commencé à traduire au berceau. Je suis français de naissance, américain d'adoption, antillais de par mes parents. Pour moi, c'était un parcours évident, et je suis ravi d'être allé également en Afrique. Je pense que je dois terminer ici mon discours, en vous remerciant tous de vos excellentes questions, de votre intérêt manifeste pour les métiers de traducteur et d'interprète. À mon avis, les Africains ont un génie particulier pour les langues qu'ils ont tout intérêt à développer, et je félicite tous ceux qui le feront. Bonne continuation, et n'oubliez pas de lire les meilleurs auteurs, dans toutes les langues que vous connaissez, restez informés de l'actualité, allez au cinéma, écoutez de la musique, pénétrez-vous de culture et d'art. Cela valorisera votre métier et votre vie. Bonne chance à tous, et merci à tous ceux qui ont participé à cette discussion.

CO.NX Modérateur (Peter) : Nous avons terminé notre discussion. Merci de vous joindre à nous. Vous pouvez trouver une transcription sur America.gov.

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