par Mary-Katherine Ream
Quand Ibtihaj Muhammad enlève son masque d’escrime, elle fait passer un message aux minorités partout dans le monde.
« Je veux que tout le monde sache que rien ne doit les empêcher d’atteindre leurs objectifs, ni leur race, ni leur religion, ni leur sexe », déclare-t-elle.
Musulmane pratiquante d’origine afro-américaine, Mme Muhammad a dû surmonter nombre d’obstacles pour devenir une des athlètes de rang mondial du maniement du sabre, une arme de l’escrime.
La difficulté de réconcilier la retenue vestimentaire demandée par sa religion et les usages du sport moderne n’a pas été la moindre.
Un sport particulièrement accommodant
Les parents de Mme Muhammad ont toujours encouragé leurs enfants à faire du sport. Ils pensaient que la participation à une activité sportive était un moyen productif d’assurer que leurs enfants restent physiquement et socialement actifs.
Au collège, Mme Muhammad pratiquait la natation, l’athlétisme et jouait au volley-ball. Mais pour chaque sport, sa mère devait lui confectionner un nouvel uniforme.
« Je me souviens que j’étais différente de mes amies du fait de la pudicité de mon uniforme », se rappelle-t-elle.
Un jour, Mme Muhammad et sa mère ont vu des jeunes filles s’entraîner à l’escrime au lycée local et elles ont immédiatement compris que c’était un sport qui lui permettrait de s’impliquer pleinement, sans uniforme spécial.
Dans l’escrime, sport de combat qui oppose deux tireurs dans des combats individuels, les protagonistes portent des vêtements de protection qui les couvrent de la tête aux pieds. Pour Mme Muhammad, l’uniforme requis est ce qui rend ce sport « particulièrement accommodant ». Avec sa combinaison intégrale, l’escrime lui permet de suivre les préceptes de l’islam sans se singulariser par rapport aux autres athlètes.
« Ce qui est tellement cool dans mon engagement dans l’escrime, c’est que j’ai pu trouver un sport qui s’accommode de mes convictions religieuses et de mon désir de porter le hijab. Ce désir m’a conduit vers un sport que j’aime mais que je n’aurais sans doute jamais découvert autrement », explique-t-elle.
Bien que l’on ne recense pas les affiliations religieuses des athlètes, les responsables pensent que Mme Muhammad pourrait être la première musulmane à représenter les États-Unis dans une compétition internationale. Elle est certainement la première athlète musulmane à concourir pour les États-Unis en portant un foulard sur la tête.
Montrer l’exemple
Mme Muhammad explique que le succès de sa carrière d’escrimeuse prouve que « le hijab n’est pas un obstacle ».
Elle espère prouver son assertion par son travail à la Peter Westbrook Foundation, organisation new-yorkaise à but non lucratif qui utilise l’escrime pour enseigner les compétences requises pour la vie quotidienne aux jeunes des quartiers désavantagés.
Mme Muhammad avait commencé à fréquenter la fondation lorsqu’elle était jeune escrimeuse pour des sessions de conditionnement physique et de travail de jambes. Maintenant, elle y enseigne l’escrime – notamment aux minorités et aux jeunes femmes.
« Je veux leur servir d’exemple et leur montrer que tout est possible avec de la persévérance », explique-t-elle.
S’entraîner pour réussir
Lorsqu’elle ne fait pas de bénévolat à la fondation, Mme Muhammad s’entraîne 30 heures par semaine au Fencers Club de New York, et consacre quatre heures supplémentaires au conditionnement physique dans le New Jersey.
Comme elle l’écrivait dans son portait pour USA Fencing, elle est persuadée que l’escrime lui a appris « à aspirer plus haut, à faire des sacrifices, à travailler dur et à surmonter la défaite ».
Outre que l’escrime lui a enseigné les bienfaits du travail, ce sport a offert à Mme Muhammad des possibilités qu’elle n’aurait pas eues autrement.
En 2007, elle a obtenu son diplôme de la Duke University avec une dominante en relations internationales et en études afro-américaines et une sous-dominante en arabe. Elle a été nommée trois fois « All-American fencer » [escrimeuse pan-États-Unis] par la NCAA, un honneur réservé aux meilleurs étudiants-athlètes de chaque sport.
Si elle a déjà reçu de nombreux honneurs dans sa carrière, il en est un qu’elle espère encore obtenir : elle veut représenter les États-Unis sur la scène des Jeux Olympiques.
Mary-Katherine Ream est rédactrice au Bureau des programmes d’information internationale du département d’État.
