par Mary-Katherine Ream
Oren Lyons, membre de la nation Onondaga des Iroquois, aura 82 ans cette année mais cela ne l’empêchera pas de jouer dans le premier match de la crosse de la saison des Onondaga.
« Quand on parle du jeu de la crosse, on parle de la source de vie des Six Nations (les Iroquois). Le jeu est enraciné dans notre culture, dans notre système, dans notre vie », a déclaré M. Lyons lors d’une conférence.
Pour les Amérindiens, jouer à la crosse est une manière de célébrer leur patrimoine en s’intégrant dans une collectivité plus vaste. Oren Lyons, qui a été intronisé dans le Lacrosse Hall of Fame (Temple de la renommée de la crosse) en tant que gardien de but en 1993, avait obtenu une bourse d’études de l’université de Syracuse pour ses prouesses dans ce sport. Aujourd’hui professeur honoraire de l’université de l’État de New York à Buffalo, il conserve ses attaches avec le jeu en tant que membre du conseil de l’équipe des Iroquois Nationals.
Lorsqu’il jouera dans le premier match de la crosse de la saison des Onondaga, ce sera un match thaumaturgique comme le veut la tradition. M. Lyons explique qu’il sera « joué au nom de tous dans le monde entier parce que c’est notre style, c’est notre manière de penser ».
« Ils se cognent les hanches »
Pour les membres de la vieille nation Onondaga, le jeu s’appelait « guh-jee-gwah-ai » ce qui voulait dire « ils se cognent les hanches ». Lorsque les Iroquois le jouaient, il y a des siècles, il pouvait y avoir des milliers de personnes par équipe et le terrain pouvait faire des kilomètres de long.
Aujourd’hui, chacune des deux équipes se compose de 10 personnes utilisant de longues crosses équipées de filets à une extrémité pour attraper, porter et lancer une petite balle vers le but adverse. Elles marquent des points en plaçant la balle dans le but de l’autre. Après quatre périodes, l’équipe ayant marqué le plus de points est déclarée gagnante.
Si le jeu peut sembler violent et rapide, il a des fonctions thaumaturgiques, physiques et diplomatiques pour les Amérindiens. Ils pensent que c’est un don du créateur qui doit être joué pour le créateur.
Jouer pour guérir
« Le jeu en lui-même est avant tout une thaumaturgie », explique Oren Lyons. On le joue pour guérir. N’importe quelle personne peut demander un match pour elle ou au nom de quelqu’un d’autre et alors « toute la communauté se mobilise ».
Le jour du match est une fête. Tout ce qui sera utilisé pendant le match – de la nourriture à la balle – doit être fait le jour même. Une fois les préparations terminées, les joueurs se rassemblent autour d’un feu sacré pour écouter un chef spirituel expliquer qui a proposé le match et ce que la match signifie pour la communauté.
« La crosse est en caryer, donc [le chef spirituel] explique l’importance des arbres et ce qu’ils ajoutent au match ; la balle est en peau de cerf, alors il explique l’importance des animaux », rapporte M. Lyons.
Avant le début du match, les équipes décident si le groupe doit marquer trois, cinq ou sept points pour gagner. Ensuite, elles prennent place sur le terrain, la balle est lancée et le match commence.
« À partir de ce moment, précise M. Lyons, les joueurs sont dans un état plus élevé. Ce sont des esprits qui jouent pour une autorité et une sphère supérieures. »
Jouer pour la paix
Pour les Iroquois, traditionnellement, le jeu de la crosse avait un double rôle dans la résolution des conflits. D’un côté, il préparait les hommes et les garçons au combat. De l’autre, il permettait aux tribus en discorde de régler leurs différences sur le terrain de jeu.
S’il a probablement perdu son rôle traditionnel de prévention des conflits, le jeu continue de faire se rencontrer des groupes d’individus divers. Popularisé aux États-Unis et au Canada par les colons qui l’avaient repris des Iroquois, il élargit aujourd’hui sa base d’adeptes et se joue dans des pays tels que la République tchèque et le Japon.
Le sport connaît aussi un renouveau d’intérêt sur ses terres d’origine. Selon une enquête de 2011 sur les sports d’équipe, la participation à la crosse a augmenté de 219 % au cours des 10 dernières années, ce qui en fait le sport qui progresse le plus vite en Amérique.
Oren Lyons est content de voir le jeu de la crosse se développer. « Il est fondé sur la paix et il est fondé sur la communauté et, avec un peu de chance, c’est cela qui l’aidera à prévaloir et à amener la paix dans le monde. »
Mary-Katherine Ream est rédactrice au Bureau des programmes d’information internationale du département d’État.
