par Linda Miller
Quand j’étais petite, le sport, ce n’était pas mon fort. Je regardais les cours de gym sans y participer, en suivant les recommandations de mon médecin, car de fréquentes crises d’asthme me conduisaient régulièrement aux urgences. J’avais beau supplier ma mère de me laisser faire du sport avec mes amis ; elle refusait toujours, calmement mais fermement. Manifestement, je n’étais pas destinée à affronter les meilleurs athlètes du monde aux Jeux olympiques.
C’est pourtant ce que j’ai fini par faire.
L’asthme n’a pas été le seul obstacle que j’ai dû surmonter dans mon parcours olympique. Les limites que les autres vous fixent sont bien moins redoutables que celles que vous vous imposez vous-même. Douter de soi est pénalisant dans tous les domaines mais surtout dans le sport, où chaque jour est une compétition avec son lot de gagnants et de perdants. Une série de performances médiocres peut mettre à mal votre confiance en vous. Il faut vaincre ses propres doutes pour réaliser ses rêves et les personnes que vous rencontrez en chemin peuvent à cet égard jouer un rôle décisif. J’ai eu la chance d’avoir des mentors qui m’ont incitée à remettre en question les limites que je m’imposais, ainsi qu’un entourage qui m’a encouragée, dans ma ville natale et ailleurs. Sans eux, je n’aurais jamais même rêvé d’aller jusqu’aux Jeux olympiques.
Se dépasser
Mon parcours olympique a commencé en grande partie grâce à la patience, à la sollicitude et à la franchise de mon entraîneur d’aviron au lycée, Dee Campbell. Un jour, alors que j’avais 14 ans, il est venu chez nous chercher ma sœur, qui avait commencé à faire de l’aviron un an plus tôt. Quand j’ai ouvert la porte, du haut de mes presque six pieds (1,80 mètre), il m’a regardé droit dans les yeux et m’a demandé si je voulais faire de l’aviron. Je lui ai expliqué que ce n’était pas possible : j’étais asthmatique et ma mère ne me donnerait pas la permission. Dee n’acceptait pas ce genre d’excuse. Il m’a montré que j’étais la seule à pouvoir définir mes propres limites. Avec son aide, j’ai finalement réussi à convaincre ma mère de me laisser essayer ce sport.
Jan Harville a été un autre mentor important – elle était chargée de l’entraînement de l’équipe d’aviron de l’Université de Washington. Un été, Jan est venue nous entraîner, moi et ma partenaire, alors que nous venions de passer d’une embarcation de huit personnes à une de deux, un mois seulement avant le championnat mondial. Parce que nous avions très peu d’expérience de ce genre de bateau, personne ne s’attendait à ce que nous réalisions une bonne performance. Jan nous a cependant appris que nous pouvions nous dépasser sans ressentir pour autant le poids de fortes attentes. Elle nous a expliqué que si nous faisions de notre mieux, le résultat se réaliserait tout seul. En seulement quatre semaines, nous avons appris à nous concentrer sur chaque mouvement de rame, plutôt que sur le résultat de la course.
Accorder moins d’importance aux résultats était un concept révolutionnaire pour moi. Auparavant, gagner était la seule chose qui comptait à mes yeux. Tout à coup, je ne souhaitais plus tant gagner que donner le meilleur de moi-même, quel que soit le temps que nous réaliserions. Nous avons fini sur le podium, avec une médaille de bronze autour du cou, ce qui m’a semblé miraculeux (et en a surpris plus d’un). Cette expérience m’a appris à me libérer des attentes d’autrui et m’a convaincue de l’importance de croire en moi.
L’union fait la force
Le sport m’a également appris l’importance de la vie en collectivité. Pendant ma préparation aux Jeux olympiques, je vivais au Centre d’entraînement olympique de Chula Vista (Californie), à plus de 3.000 kilomètres de ma ville natale qui se trouve dans l’État de Virginie. Je m’entraînais aux côtés de sportives de tous les États-Unis qui avaient été invitées à venir vivre et poursuivre leur formation sous la supervision de l’entraîneur de l’équipe olympique américaine. Les journées étaient chargées et encore plus exténuantes que ce que l’on peut imaginer. Nous faisions de cinq à six heures d’entraînement intensif par jour, six jours par semaine. Nous voyagions ensemble dans le monde entier, pour participer à des compétitions en Allemagne, en Suisse, en France, en Belgique ou encore en Australie. Cet entraînement collectif quotidien – et les blessures, les maladies, les tragédies familiales et l’épuisement physique que nous avons connus – a créé des liens à vie. C’est ce puissant sentiment d’appartenance qui nous a donné la force de continuer même quand nous avions l’impression d’être au bout de nos forces.
Et malgré les 3.000 kilomètres qui me séparaient de ma ville natale, les habitants de cette ville m’ont soutenue à chaque étape. L’équipe d’aviron de mon lycée publiait avec fierté des articles de journaux qui relataient mes succès. Quand mon ancien entraîneur, Dee, a été interviewé par un reporter d’un journal national après que j’eus remporté la médaille d’argent au championnat mondial de 1999, il s’est déclaré très fier de ma réussite. Et quand j’ai été sélectionnée pour faire partie de l’équipe américaine aux Jeux olympiques de Sydney de 2000, deux de mes coéquipiers de lycée se trouvaient à mes côtés.
Un jour, au milieu du village olympique, nous avons posé pour une photo en portant le tee-shirt de notre lycée. Malgré les milliers de kilomètres de distance, tous ceux qui nous avaient encouragés dès le début étaient ainsi présents. Cette année-là, tous mes mentors, coéquipiers et voisins dont les encouragements m’avaient aidée à commencer à ramer, gilet de sauvetage en main, et à persévérer jusqu’aux Jeux olympiques, faisaient autant partie de l’équipe américaine que s’ils avaient porté l’uniforme.
Linda Miller de Washington a fait partie de l’équipe féminine d’aviron des États-Unis aux Jeux olympiques d’été de Sydney de 2000.

