par Mary-Katherine Ream
C’est en se rendant à l’épicerie en voiture que Luma Mufleh a rencontré son destin. Après avoir raté un tournant, elle s’est retrouvée dans l’aire de stationnement d’un complexe d’immeubles à Clarkston, en Géorgie.
« J’ai vu des gamins jouer au football, et ça m’a rappelé mon pays. Je me suis souvenue avoir joué au football dans les rues de Jordanie durant mon enfance. »
Elle s’est arrêtée pour regarder le match, et c’est alors qu’elle a appris que ces gamins étaient des réfugiés – des enfants déplacés par la guerre.
Elle est retournée les voir la semaine suivante, armée d’un ballon de foot, et a lancé Fugees Family, une organisation sans but lucratif qui utilise le pouvoir du football pour aider les enfants réfugiés à s’ajuster à la vie aux États-Unis.
« Je pensais m’impliquer dans leur vie en jouant un rôle d’entraîneur ; j’étais loin de penser que ces enfants deviendraient ma famille élargie », écrit Mme Mufleh sur le site Web de l’organisation.
Gommer les différences
De la Birmanie à la Bosnie en passant par le Soudan et la Somalie, 28 pays sont représentés lorsque les joueurs de Fugees Family sont sur le terrain. Tous ces pays ont vécu la guerre au cours des trente dernières années.
« J’ai des enfants d’Afghanistan qui sont sunnites et chiites. J’ai des enfants du Nord et du Sud du Soudan. Et lorsque j’ai mis l’équipe sur pied, ils ne se parlaient pas entre eux », a expliqué Mme Mufleh.
Le football n’a pas mis longtemps à effacer ces différences. Pour gagner, en effet, les coéquipiers sont obligés de coopérer et de s’entendre. « Nous avions tous une passion pour ce sport international qui transcendait toutes les frontières, linguistiques ou autres. »
S’intégrer
Fugees Family ne se contente pas, par le truchement du football, de briser des barrières culturelles : elle donne aux joueurs un sentiment d’appartenance.
« Ils sont fraîchement arrivés dans ce pays. Ils se sentent très isolés, ils ont l’impression de ne pas être à leur place. » Avec leurs noms différents et leurs accents étrangers, les enfants réfugiés se démarquent en effet de leurs camarades de classe.
Mais sur le terrain, entourés d’autres enfants avec des noms et des accents semblables aux leurs, ils se sentent à l’aise.
« Nous n’avons pas vraiment de Jean, Paul ou Marie dans notre équipe. Alors nous essayons de célébrer nos différences de façon à ce que les enfants ne se sentent pas seuls. »
Afin de jouer pour Fugees Family, les jeunes doivent accepter de participer à des séances de formation et d’entraînement, de faire preuve d’un bon comportement tant sur le terrain qu’en dehors, et de ne parler que l’anglais.
Mme Mufleh a établi cette dernière règle après avoir observé ses joueurs aux prises avec des barrières linguistiques à l’école. Pour certains, la pratique de l’anglais sur le terrain a facilité l’apprentissage scolaire.
Pour ceux qui ont besoin d’une aide supplémentaire, Mme Mufleh a créé Fugees Academy, la première école des États-Unis vouée exclusivement à l’éducation des enfants réfugiés. L’établissement associe le sport et l’instruction scolaire de façon que les individus aient une formation complète et connaissent un taux élevé de succès. Mme Mufleh espère en outre que son école servira de modèle pour répondre aux besoins uniques des communautés de réfugiés.
Qu’il s’agisse de football ou de scolarité, les objectifs de Mme Mufleh sont les mêmes. « Nous voulons nous assurer que chacun ait accès au rêve américain. »
Elle a elle-même récemment réalisé son rêve. Elle est devenue citoyenne américaine lors d’une cérémonie organisée en octobre 2011 – soit dix-huit ans près sont arrivée aux États-Unis. Sa « famille » élargie assistait à la cérémonie.
Mary-Katherine Ream est rédactrice au Bureau des programmes d’information internationale du département d’État.
