Kathryn McConnell
Quand Halimah, une jeune Indonésienne de 16 ans, a mis au monde prématurément son premier enfant, dans le village de Suenebok Lhong de la province d'Aceh, le bébé ne pesait que deux kilos et ne pleurait pas. La sage-femme, Desita, a tout de suite établi qu'il souffrait d'asphyxie et s'est empressée de lui dégager les voies respiratoires pour stimuler la respiration. Le bébé a alors émis un cri et Desita l'a placé sur la poitrine de sa mère pour qu'elle commence à l'allaiter.
Desita se souvient qu'elle s'était tout de suite dit : « Je sais comment ranimer ce bébé ».
Le nourrisson, prénommé Alif, risquait de mourir d'hypothermie car les bébés d'aussi petite taille ont généralement du mal à maintenir leur organisme à une température suffisante. Pour garder Alif au chaud, Desita a expliqué à Halimah comment enrober son fils de linge - contre sa poitrine - pour fournir un contact de peau à peau et lui couvrir également le crâne. Cette méthode, dite des soins de mère kangourou, est une intervention mise au point en 1978 à l'Université nationale de Colombie pour favoriser la survie de nourrissons d'un poids insuffisant dans des régions rurales pauvres et reculées, où il n'y pas de couveuses ou du moins pas de couveuses fiables.
La méthode « mère kangourou » est présentée par l'Organisation mondiale de la santé comme un moyen simple et efficace de protéger des nourrissons prématurés en l'absence de couveuse. La méthode se compose des éléments suivants : un contact prolongé, de peau à peau, entre la mère et l'enfant, le plus tôt possible ; idéalement, un allaitement exclusivement au sein et le suivi adéquat d'une sage-femme ou d'une autre personne dûment formée.
Avant de quitter la maison de Desita, Halimah a vérifié que la température du nourrisson était normale.
Apprendre à sauver des vies
Plus de 200.000 sages-femmes indonésiennes contribuent de manière décisive à fournir des soins de santé reproductive aux femmes ainsi que des services de planification familiale. Présentes dans quasiment tous les villages, ces sages-femmes assistent à environ la moitié des naissances et dispensent la plupart des soins prénatals et des soins aux nouveau-nés.
Desita a appris son métier de sage-femme dans le cadre d'un programme financé par l'Agence américaine pour le développement international(USAID). Depuis 1997, le principal partenaire de l'USAID dans le domaine de la santé maternelle et infantile, l'organisation Jhpiego, basée à Baltimore, a formé des milliers de sages-femmes des agglomérations urbaines et régions rurales d'Indonésie et de 150 autres pays. Les sages-femmes ainsi formées transmettent leur savoir à leurs collègues de manière à étendre la portée du programme et à en accroître l'efficacité.
Une autre sage-femme indonésienne, Jauniwati, dispense des soins prénatals à plus de 350 femmes par mois. Une nuit, à Indrapuri, dans la province d'Aceh, le mari de Yudawastu (34 ans) a frappé à la porte de Jauniwati. Il portait sa femme qui venait d'accoucher et était atteinte de saignements hémorragiques. Jauniwati a stabilisé l'état de cette nouvelle mère en lui administrant une solution saline par voie intraveineuse et en s'assurant que le placenta avait été expulsé. Cela a sauvé la vie de la mère.
L'hémorragie est la première cause de décès des femmes enceintes dans le monde, après l'hypertension et les infections, note Anne Hyre, directrice de Jhpiego en Indonésie. Les sages-femmes formées par Jhpiego ont avec une elle une sacoche comprenant un tensiomètre, un stéthoscope, de la solution saline, une sonde intraveineuse et un désinfectant. Mais parfois le meilleur outil de la sage-femme consiste à donner des informations pratiques - en expliquant par exemple comment alimenter correctement un nourrisson et prévenir les infections.
Jauniwati estime qu'être sage-femme est sa vocation. « Je pense que beaucoup de personnes ont besoin de mon aide », dit-elle.
Anne Hyre a constaté que cet enthousiasme était partagé par quasiment toutes les sages-femmes. « Sans cette passion, il est difficile de consacrer le temps et l'énergie nécessaires pour aider les femmes lors de longs accouchements, ajoute-t-elle. Ces sages-femmes sont une source d'inspiration. »

