Aaron Williams
Le Corps de la paix n'a cessé et ne cessera de s'attaquer aux problèmes de ce monde par l'innovation, l'imagination, la détermination et la compassion. Son directeur actuel Aaron Williams est lui-même un ancien bénévole, ayant travaillé, de 1967 à 1970, dans la petite bourgade de Monte Plata, en République dominicaine.
Il y a cinquante ans, le candidat à l'élection présidentielle John Kennedy arrivait sur le campus de l'université du Michigan à Ann Arbor pour prononcer un discours de campagne. Il était tard - près de deux heures du matin - et les étudiants étaient fatigués. Mais en cette froide nuit d'octobre, John Kennedy les interpella à brûle-pourpoint :
« Vous qui faites des études de médecine, seriez-vous prêts à passer du temps au Ghana ? Vous tous, techniciens et ingénieurs, seriez-vous prêts à vous consacrer au Service diplomatique et à passer votre vie à parcourir le monde ? »
Ce discours improvisé n'avait duré que quelques minutes, mais en ce bref instant John Kennedy avait évoqué pour les jeunes Américains la possibilité de travailler pour leur pays à l'étranger. Cette perspective s'est concrétisée : depuis 1961, quelque 200.000 Américains ont été, à ce jour, bénévoles du Corps de la paix dans 139 pays. Et quoique le monde ait changé considérablement depuis la création de cet organisme il y a cinquante ans, sa mission de promotion de la paix et de l'amitié demeure.
Aujourd'hui, les bénévoles s'attaquent aux problèmes du monde avec innovation, créativité, détermination et compassion. Et ils disposent d'outils qui étaient inimaginables lorsque j'étais bénévole à la fin des années soixante. Je restais en contact avec ma mère en lui écrivant des lettres - oui, des lettres ! - avec des vrais timbres et des enveloppes. Je me rendais à pied au bureau de poste le plus proche en espérant que ma missive parviendrait bien à ma famille.
Aujourd'hui, les bénévoles ont toutes les techniques de communication à portée de la main - courriels, blogues, textos et tweets, voire Skype. Même ceux qui se trouvent dans les régions les plus reculées du monde peuvent communiquer avec les États-Unis. Ils peuvent ainsi causer avec leurs amis et leurs proches du pays et de la culture dans lesquels ils travaillent, bien avant leur retour aux États-Unis.
Ces mêmes techniques leur permettent de décupler la portée de leurs initiatives de façon novatrice. L'été dernier, en Namibie, des bénévoles ont ainsi élaboré des programmes d'information sanitaire destinés aux adolescents et aux jeunes adultes. Par la voie de textos ils ont pu recevoir des questions liées à la santé, notamment sur la régulation des naissances et la prévention du VIH/sida, et y répondre. Rien que durant le premier mois, ils ont envoyé plus de mille messages en réponse à des questions posées par des jeunes de la collectivité.
Pour nombre des bénévoles, leur temps passé au Corps de la paix influence tout ce qu'ils font après leur service. Comme l'a dit un bénévole rentré de la Sierra Leone : « Je ne pourrai jamais rendre aux Sierra-Léonais tout ce qu'ils m'ont apporté, mais je peux tenir compte des leçons apprises, faire fond sur cette expérience personnelle, cette perspective élargie, dans mon travail ici (...) Tout accomplissement auquel je pourrai contribuer, tout le bien que je pourrai faire, aussi modeste soit-il (...) sera, d'une certaine façon, façonné par mon expérience de bénévole du Corps de la paix. »
Pour moi, comme pour tant d'autres, le Corps de la paix a été le début de tout, la porte ouverte sur le reste de ma vie.
Lorsque j'ai rempli ma demande d'admission au Corps de la paix, je n'avais jamais encore pris un tel risque. On m'a envoyé dans une petite bourgade de la République dominicaine, où j'ai aidé une cinquantaine de maîtres d'école à obtenir leur diplôme d'études secondaires. Pendant deux ans, je me suis rendu chez ces enseignants à cheval, à moto ou à pied, ma mission étant de les initier à de nouvelles méthodes pédagogiques. De leur propre chef, ils passaient leur journée du samedi durant l'année scolaire à suivre des cours et renonçaient à leurs vacances d'été pour parfaire leur formation. Ils voulaient devenir de meilleurs enseignants, accéder à de nouvelles possibilités, et j'étais résolu à faire tout ce qui était en mon pouvoir pour les aider à réussir.
Ce que j'ai ramené avec moi aux États-Unis, c'est la conviction que la solidarité, le travail d'équipe, font vraiment la force. C'est l'assurance que lorsqu'on travaille ensemble vers un objectif commun, on peut accomplir des choses réellement magnifiques.
Lorsqu'ils rentrent chez eux, les bénévoles sont devenus des citoyens du monde. Ils ont acquis de l'autorité, des connaissances linguistiques, des compétences techniques, la capacité de résoudre des problèmes et des perspectives culturelles différentes qui constituent autant d'atouts pour une carrière brillante dans toutes sortes de domaines et d'industries.
Que de chemin parcouru depuis le discours prononcé par le président Kennedy en 1960 ! Mais notre aventure ne se termine pas là. Tant qu'il y aura de la souffrance et des querelles dans le monde, nous saurons que notre travail n'est pas achevé.
J'entrevois, pour l'avenir, un Corps de la paix qui continuera de grandir et de s'adapter aux défis de notre temps. J'entrevois un Corps de la paix qui, dans cinquante ans, portera encore le flambeau allumé par le président Kennedy.
Cette tâche hors du commun qu'est le Corps de la paix ne cessera de nous interpeller. Voyons ce que nous pouvons bâtir ensemble dans les années à venir.
