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Les succès et les échecs

Revue électronique du département d'État - Un monde libéré de l'arme nucléaire

22 mars 2010
La signature des accords conclus lors de la conférence navale de Washington de 1921-22.

Trois accords internationaux de limitation des armements sont issus de la conférence navale de Washington de 1921-22.

Jeremi Suri

Le XXe siècle a connu quelques succès et quelques échecs en matière de contrôle des armements. Jeremi Suri est titulaire de la chaire d'histoire E. Gordon Fox à l'université de Wisconsin-Madison.

 

La conférence navale de Washington

La conférence navale de Washington, qui s'est tenue du 12 novembre 1921 au 6 février 1922, a produit les premiers accords internationaux de limitation des armements depuis le Congrès de Vienne en 1815. Elle a également marqué l'émergence des États-Unis comme acteur diplomatique majeur malgré leur rejet du Traité de Versailles à la fin de la Première Guerre mondiale.

Sous la présidence du secrétaire d'État américain Charles Evans Hughes, la conférence a débouché sur trois traités majeurs qui visaient à stabiliser l'équilibre mondial du pouvoir. De plus, ils incarnaient l'espoir populaire partout dans le monde du désarmement et de la coopération pacifique entre les nations.

Le Traité de limitation des armements maritimes des cinq puissances (Traité naval de Washington) signé le 6 février 1922 par les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, la France et l'Italie, limitait les signataires à un rapport fixe de cuirassés et de croiseurs de bataille ( les « navires principaux ») : pour 5 navires maintenus par les États-Unis et le Royaume-Uni, le Japon pouvait en maintenir 3 et la France et l'Italie 1,75. Les signataires convenaient également d'un moratoire sans précédent de 10 ans portant sur la construction de nouveaux navires principaux.

En pratique, pour chaque pays, cela revenait à réduire la taille de sa flotte de l'après-guerre. Les rapports de navires favorisaient les États-Unis et le Royaume-Uni mais le Japon a bénéficié de nombre d'avantages dans le nord de l'océan Pacifique, principale sphère de ses opérations navales. Dans le cadre du traité, les États-Unis s'engageaient à ne pas agrandir leurs installations navales dans les Philippines, à Guam et Wake Island et dans les Aléoutiennes, et les Britanniques faisaient de même pour Hongkong.

Un Traité des quatre puissances - signé par les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon et la France le 13 décembre 1921 - accompagnait celui des cinq puissances. Il mettait fin à l'Alliance anglo-japonaise de 1902 et créait des sphères d'influence dans le Pacifique pour chacun des signataires. Toutes les parties s'engageaient à régler leurs différends par le biais d'un arbitrage, pas d'une guerre.

La conférence a pris fin avec un ambitieux Traité des neuf puissances - signé par les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, la France, l'Italie, la Chine, la Belgique, les Pays-Bas et le Portugal - le 6 février 1922. Ce traité reconnaissait les « principes de la porte ouverte » en Chine, exprimés pour la première fois en 1899 par le secrétaire d'État américain John Hay. Les neuf puissances convenaient de respecter l'intégrité territoriale de la Chine postimpériale et de ne prendre aucune mesure visant à limiter l'accès à la région. Chaque signataire avait le droit de commercer sur l'immense marché chinois.

La conférence navale de Washington ouvrait la porte à un avenir optimiste de coopération entre les grandes puissances militaires après les ravages de la Première Guerre mondiale. Elle créait un précédent pour d'ultérieures négociations de limitation des armements, notamment pendant la seconde moitié de la guerre froide. Malheureusement, les traités de 1921 et 1922 ne prévoyaient aucun mécanisme de vérification et de mise en application, et plusieurs signataires, dont le Japon, n'ont pas hésité à les violer dans la décennie qui a suivi. Ces violations ont contribué au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique.

Le plan Baruch

Le plan Baruch a été la première proposition majeure de régulation internationale de l'énergie atomique présentée à la Commission de l'énergie atomique des Nations unies par les États-Unis le 14 juin 1946.

Il était né des délibérations d'un comité américain présidé par le sous-secrétaire d'État Dean Acheson et David Lilienthal, président de la Tennessee Valley Authority - une des plus importantes sociétés productrices d'électricité au monde.

Travaillant en étroite collaboration avec des scientifiques, Acheson et Lilienthal proposaient de créer une Autorité du développement atomique sous les auspices des Nations unies, chargée de superviser la distribution des matières nucléaires fissiles et l'exploitation des installations capables de produire des armes nucléaires.

Acheson et Lilienthal essayaient également de créer une procédure d'octroi de licences aux pays qui cherchaient à acquérir des capacités de production d'énergie nucléaire à des fins pacifiques. Ils pensaient que l'octroi de licences encouragerait l'utilisation civile de l'énergie nucléaire et contribuerait à garantir son utilisation à des fins non militaires.

Le président Harry Truman a demandé à Bernard Baruch, homme d'affaires avisé et conseiller à la Maison Blanche, de présenter le plan aux Nations unies. Celui-ci l'a modifié de manière controversée. Il aurait voulu imposer une régulation plus stricte et plus intrusive de toute la recherche et de la production - civile et militaire - de l'énergie nucléaire par l'Autorité du développement atomique.

Baruch voulait également interdire à tout pays de développer toute nouvelle capacité d'arme nucléaire et l'Autorité du développement atomique aurait eu le pouvoir de saisir les installations et ressources du pays et de priver le Conseil de sécurité des Nations unies du pouvoir d'opposer son veto à des sanctions contre les pays violant l'interdiction de produire des armes nucléaires. S'il avait été adopté, la proposition de Baruch, de par sa nature, aurait préservé le monopole américain et empêché le développement d'une capacité soviétique.

L'Union soviétique a rejeté le Plan Baruch. Les historiens se sont demandé si la proposition originelle d'Acheson et de Lilienthal aurait eu plus de succès. C'est peu probable car l'Union soviétique avait déjà lancé son propre projet majeur de développement d'armes nucléaires. Il n'en reste pas moins que le Plan Baruch et son prédécesseur, Acheson-Lilienthal, ont ouvert les discussions internationales sur la réglementation des armes nucléaires qui ont abouti au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires de 1968.

Les ciels ouverts

Le 18 juillet 1955, Genève accueillait un sommet des dirigeants des pays les plus puissants du monde ; c'était le premier depuis la Conférence de Potsdam, 10 ans auparavant et il réunissait le président américain Dwight Eisenhower, le Premier ministre britannique Anthony Eden, le Premier ministre français Edgar Faure, et deux dirigeants soviétiques, Nikolaï Boulganine et Nikita Khrouchtchev - deux ans après la mort de Staline en 1953, on ne savait pas encore exactement qui allait diriger l'Union soviétique.

Le 21 juillet 1955, Eisenhower a surpris les dirigeants réunis en comité en leur proposant un accord sur ce qu'il appelait « les ciels ouverts » entre les grandes puissances. Chacun des principaux États de la guerre froide permettrait aux autres de mener une surveillance aérienne ouverte de son territoire. Ces « survols » libres par des avions et, à terme, par des satellites, déboucheraient sur une plus grande transparence.

Eisenhower pensait que cette transparence réduirait les craintes irrationnelles et exagérées concernant les intentions de l'ennemi et stabiliserait donc les relations internationales. Il savait aussi que l'Union soviétique était la grande bénéficiaire du secret imposé sur sa société fermée : elle pouvait plastronner, bluffer et conspirer à l'intérieur de ses frontières plus facilement que les démocraties ouvertes de l'Europe occidentale ou des États-Unis.

Peu soucieux de lever le voile du secret sur leur société, les dirigeants soviétiques ont rapidement rejeté « les ciels ouverts », mais plus tard lors de cette même décennie, les avions militaires de reconnaissance et les programmes satellitaires ont fait de la transparence une réalité pratique. Et plus tard encore, les dirigeants américains et soviétiques puis russes en sont revenus à l'appel lancé par Eisenhower en faveur d'une transparence accrue dans la quête de la stabilité internationale.

Traité sur la limitation des armements stratégiques

Le Traité sur la limitation des armements stratégiques (SALT I) signé par le président Nixon et le dirigeant soviétique Léonid Brejnev à Moscou le 26 mai 1972 était le premier traité de contrôle des armements qui limitait expressément la fabrication de nouvelles armes nucléaires.

Aux termes du traité, les deux superpuissances s'engageaient à ne pas accroître leurs arsenaux nucléaires déjà hypertrophiés pendant 5 ans. Elles s'engageaient aussi à ne pas construire de nouvelle plateforme sous-marine de lancement de missiles nucléaires sans éliminer un nombre correspondant de vieux missiles intercontinentaux ou lancés par sous-marin.

Le Traité sur la limitation des systèmes de défense antimissiles balistiques (Traité ABM) accompagnait SALT I. Il limitait les deux superpuissances à un maximum de deux sites de défense antimissiles sur leurs territoires respectifs. Il s'agissait de garantir que ni l'une ni l'autre ne pouvait protéger la majorité de sa population en cas d'attaque nucléaire. Dans la logique de la dissuasion nucléaire, la perspective d'une destruction mutuelle assurée devait encourager les dirigeants de la guerre froide à être prudents et à éviter la guerre.

SALT I a entamé le processus des discussions sérieuses et continues entre les États-Unis et l'Union soviétique. Il est devenu un des éléments centraux de la détente des années 70 qui ont vu un renforcement de la coopération scientifique, économique et culturelle entre l'Est et l'Ouest.

Le 18 juin 1979, le président américain Jimmy Carter et Brejnev ont signé un second traité élargi sur la limitation des armements stratégiques (SALT II) mais après l'invasion de l'Afghanistan par l'armée soviétique plus tard dans l'année, le Sénat américain ne l'a pas ratifié. Toutefois, le successeur de Carter, le président Ronald Reagan, a continué d'observer les clauses du SALT II non ratifié. Les négociations entourant les SALT I et II ont constitué la base des importants accords de contrôle des armements entre Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev dans les dernières années de la guerre froide.

Traité sur la réduction des arsenaux stratégiques

Le Traité sur la réduction des arsenaux stratégiques (START), signé le 31 juillet 1991 par le président américain George H. W. Bush et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev a marqué la fin de la guerre froide. Pour la première fois, les deux superpuissances convenaient d'égaliser la taille de leurs arsenaux nucléaires et de réduire considérablement leurs stocks et leurs systèmes de lancement d'armes nucléaires. Le traité de 1972 (SALT I) limitait uniquement la construction future des armes, START réduisait considérablement les stocks existants.

Aux termes du traité, les États-Unis et l'Union soviétique ne devaient conserver qu'un maximum de 1.600 systèmes de lancement de missiles stratégiques nucléaires. Ils devaient ramener leurs arsenaux nucléaires respectifs à 6.000 ogives nucléaires chacun, dont un maximum de 4.900 placées sur des missiles balistiques. Cela représentait une réduction de 30-40 % des forces nucléaires stratégiques de chaque nation. Le 23 mai 1992, les États nucléaires qui ont remplacé l'Union soviétique - la Russie, l'Ukraine, le Kazakhstan et le Belarus - ont signé le Protocole de Lisbonne au START. Les trois derniers pays ont renoncé aux armes nucléaires sur leur territoire et la Russie a assumé toutes les obligations qu'elle avait héritées de l'Union soviétique au titre du START. Officiellement ratifié le 5 décembre 1994, ce traité a une durée de vie initiale de 15 ans, prorogeable de périodes de 5 ans après cela.

Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://iipdigital.usembassy.gov/fr/)

Destruction des missiles <i>Minuteman II</i> en 1997.

Le dernier silo de missiles américains Minuteman II fut explosé en 1997 conformément aux accords de START.