Bo Kjellén
Diplomate chevronné, M. Bo Kjellén met sa grande expérience en matière de politique environnementale au service de l'analyse du rôle de l'Organisation des Nations unies dans la formulation et l'application de la politique relative aux changements climatiques. Il a intégré le ministère suédois de l'environnement en 1990 en qualité de négociateur en chef et conduit les délégations suédoises qui ont participé au processus de Rio et aux négociations sur le climat jusqu'en 2001. Il a été président du Conseil suédois de la recherche sur l'environnement, les sciences agricoles et la planification spatiale (Formas) et chargé de recherche au centre Tyndall de recherche sur les changements climatiques, qui s'insère dans l'université d'East Anglia, à Norwich (Royaume-Uni). Il s'est vu décerner des prix prestigieux en récompense de ses loyaux services de diplomate, dont le prix Elizabeth Haub pour la diplomatie environnementale (1998) et le Prix spécial de protection de l'environnement mondial décerné par le FEM (1999).
Il y a de cela près de vingt ans, en février 1991, s'ouvrirent à Chantilly, en Virginie, dans la banlieue de Washington, les négociations qui allaient aboutir à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Elles marquèrent le début d'une longue série de négociations sur le climat entreprises dans le cadre de l'ONU et fondées sur les constats scientifiques du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). L'importance de la contribution scientifique du GIEC fut reconnue en 2007, année où celui-ci se vit décerner le prix Nobel de la paix.
Dès le départ, les États-Unis et les États membres de l'Union européenne jouèrent un rôle de fer de lance dans un esprit de coopération, dans le domaine tant scientifique que politique. Toutefois, lorsque les États-Unis décidèrent de ne pas ratifier le protocole de Kyoto en 2001, l'Union européenne prit sur elle de faire entrer le protocole en vigueur ; ce fut chose faite en 2005. Et aujourd'hui, sous le gouvernement Obama, les États-Unis ont repris un rôle actif dans les négociations et ils insufflent une nouvelle dynamique au processus.
Nous avons beaucoup appris tout au long des dizaines d'années de négociations sous l'égide de l'ONU. Naguère le domaine des scientifiques, des experts et des organisations non gouvernementales, le dossier du climat est dorénavant inscrit à l'ordre du jour de toutes les réunions au sommet de dirigeants mondiaux. Et de nos jours, au vu des données scientifiques qui prouvent de manière écrasante les dangers des actions de l'homme sur le climat mondial, on reconnaît généralement l'urgence qu'il y a de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Pour autant, on est conscient de la difficulté d'une telle action mondiale. Les carburants fossiles ouvrirent la voie à la révolution énergétique et des transports qui s'avéra si décisive pour le niveau de vie du monde industrialisé. Mais une grande partie des habitants de la planète sont restés sur la touche. Il ne faut pas s'étonner que les pays en développement qui participent aux négociations sur le climat insistent impérativement sur un transfert de technologie et un financement accru pour s'adapter aux effets des changements climatiques et poursuivre leur combat contre la pauvreté.
L'ONU est l'enceinte où tous ces disparates éléments de la coopération internationale se regroupent. C'est l'Assemblée générale de l'ONU qui a adopté les objectifs du millénaire pour le développement en 2000 ; c'est l'ONU qui a organisé les principales conférences sur l'environnement en 1972, 1992 et 2002 ; et c'est au sein de l'ONU encore que se déroulent tous les processus de négociation relatifs aux changements climatiques : climat, ozone, pollution aérienne, diversité biologique, désertification, sécheresse et réglementation des produits chimiques toxiques.
Mais on se demande si les procédures de l'ONU, dont on connaît la lourdeur, sont adéquates pour traduire des principes normatifs en actions efficaces dans un domaine tel que celui des changements climatiques, où des mesures concrètes s'imposent avec en toile de fond des conséquences sociétales pénibles sur les styles de vie et les structures économiques. Le système de l'ONU est-il vraiment capable de produire les résultats attendus ?
La question mérite d'être posée. Il est indiscutable que d'autres processus et institutions, par exemple le G8/G20, le Forum des grandes économies mondiales, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ou les diverses organisations régionales, ont tous un rôle à jouer pour traduire la volonté politique en action dans leurs pays respectifs et, en collaboration avec d'autres pays à travers le monde, en une action commune. Les négociations sur le climat ont beaucoup gagné à la présence active des ONG. Leur militantisme et leur expertise ont certainement impressionné un grand nombre de délégués.
Mais rien ne saurait se substituer à l'ONU quand les questions en jeu sont d'ordre mondial. Et il n'y a rien de plus mondial que les changements climatiques : les émissions de gaz à effet de serre qui proviennent de tous les pays s'accumulent dans l'atmosphère commune à tous. Cela dit, les changements climatiques s'inscrivent dans un processus plus large, à savoir l'accélération des changements qui surviennent dans les systèmes naturels en conséquence des activités humaines. Les hommes sont devenus si nombreux, et leur capacité technologique si considérable, qu'une action commune s'impose pour contrer la menace de l'effondrement des systèmes naturels qui rendent la vie possible. Il n'a pas d'autre planète sur laquelle on puisse aller vivre.
La solution ne consiste pas à construire une autre Organisation des Nations unies. Il nous faut plutôt poser la question suivante : comment peut-on réformer l'ONU de manière à répondre aux exigences d'aujourd'hui et de demain ? D'aucuns diront que cet objectif n'est pas réaliste. À ce jour, les tentatives de réforme de l'ONU ont toujours achoppé sur des difficultés politiques, comme ce fut le cas des propositions avancées par l'ancien secrétaire général, M. Kofi Annan. Malgré toutes ces difficultés, je persiste à croire que les négociations actuelles sur le climat vont démontrer la capacité qu'a l'ONU d'offrir un cadre efficient pour une action coopérative face à des menaces planétaires. Je suis en outre fermement convaincu qu'il est possible d'adopter des réformes plus générales qui viseraient à lier les questions politiques mondiales aux problèmes économiques et environnementaux d'un nouveau caractère. Je forme le vœu que les ambitions clairement énoncées du président Obama en matière de coopération multilatérale auront une influence déterminante pour engager l'ONU dans la voie de la réforme, peut-être en fournissant au Conseil de tutelle un nouvel ordre du jour sur les questions mondiales liées à la survie, comme l'a proposé la Commission sur la gouvernance mondiale. Nous avons en outre besoin à l'ONU de processus plus efficaces pour affronter les catastrophes liées au climat et à d'autres phénomènes naturels. Il n'y a pas de temps à perdre.
Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

