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Publications

Maîtriser la pauvreté tout en réduisant les émissions de carbone

20 octobre 2009
Harry Surjadi

Harry Surjadi

Harry Surjadi

Harry Surjadi, fondateur et directeur général de la Société indonésienne des journalistes écologistes, traite des questions de l'environnement depuis 20 ans. Diplômé de la Bogor Agricultural University, il a écrit pour des magazines et des journaux et il a maintenant un blogue environnemental sur la Toile. Ancien Knight International Journalism Fellow, il a organisé des ateliers à l'intention de journalistes et d'organisations non gouvernementales en Indonésie.

 

En Indonésie, ce sont les pauvres qui ressentiront le plus l'impact du changement climatique dans la mesure où les extrêmes climatiques perturbent l'agriculture et font monter les prix des produits alimentaires. Combattre la pauvreté est donc un élément critique des mesures de lutte contre le changement climatique, soutient M. Surjadi.

Combien d'Indonésiens ont entendu parler du réchauffement de la planète et des changements climatiques ou lu quoi que ce soit à ce sujet ? Des études montrent que le sujet commence à être mieux connu mais avant tout chez les personnes éduquées.

Selon une enquête de ACNielsen Omnibus menée dans six villes indonésiennes en février 2007, 70 % des 1.700 personnes interrogées ont répondu qu'elles n'avaient jamais entendu parler ni rien lu sur la question du réchauffement planétaire ; seuls 28 % ont répondu par l'affirmative. La même enquête a montré que 50 % des personnes interrogées pensaient que le réchauffement rapide était dû à des activités humaines comme la conduite d'une voiture ou d'autres utilisations de combustibles fossiles. Seuls 24 % ont déclaré que les causes du réchauffement étaient naturelles et 25 % pensaient qu'il avait des causes naturelles et humaines. Près de 76 % étaient d'avis que le changement climatique était « assez grave » ou « très grave ».

Un an plus tard, en mars 2008, le pourcentage des personnes ayant entendu parler des changements climatiques avait augmenté de 3 % et un nombre sensiblement plus important d'entre elles pensait qu'ils étaient très graves. Les médias de masse avaient réussi à enseigner à ces personnes que le changement climatique constituait un grave danger pour l'Indonésie.

Mais les 43 millions d'agriculteurs, de pêcheurs, de locaux qui dépendent de la forêt pour leur survie ont-ils jamais entendu parler du changement climatique ou lu quoi que ce soit à son propos ? Et les 32,5 millions d'Indonésiens qui vivent sous le seuil de la pauvreté ont-ils jamais entendu parler du réchauffement de la planète ou lu quoi que ce soit à ce propos ? Probablement pas.

Et dans l'affirmative, si on leur avait demandé « quels sont les principaux dangers du changement climatique pour l'Indonésie ? », ils auraient sans doute mentionné la pénurie de produits de première nécessité. Leurs principales inquiétudes sont l'aggravation de la pauvreté et le manque d'eau et de nourriture, que ce soient les changements climatiques ou d'autres causes qui en soient responsables.

Des études ont montré que le réchauffement planétaire va probablement augmenter la fréquence et l'intensité des sécheresses et des inondations dans de nombreuses régions. Trois phénomènes de type El Niño, en 1973, 1982 et 1997, ont causé de graves sécheresses en Indonésie. Dans des centaines de rizières, la récolte a été ruinée par la sécheresse. Des centaines de milliers de personnes vivant dans une bonne cinquantaine de villages de la Central Java Regency doivent maintenant faire face à une pénurie d'eau potable due à l'intensification de la sécheresse.

Les extrêmes météorologiques affectent l'agriculture et peuvent faire augmenter les prix des produits alimentaires de base tels que le riz, important pour les ménages pauvres. Les premiers à souffrir seront les Indonésiens qui gagnent moins de deux dollars par jour, et le nombre des indigents va augmenter. La pauvreté est la préoccupation numéro un de l'Indonésie et le changement climatique va accroître le nombre des pauvres et aggraver leur sort.

Pendant ce temps, l'Indonésie va continuer à émettre du gaz carbonique (CO2). En 2005, elle était déjà le troisième émetteur de CO2 au monde, après les États-Unis et la Chine, avec près de 2,2 gigatonnes (milliards de tonnes) d'émissions par an. Une étude de McKinsey and Company, cabinet de consultants auprès du Climate Change National Council (CCNC = Conseil national sur le changement climatique) du gouvernement, prédit que les émissions de gaz à effet de serre vont augmenter de 2 % par an.

Selon le secrétaire général du CCNC, Agus Purnomo, les émissions vont être de 2,8 gigatonnes de CO2 en 2020 et de 3,6 gigatonnes en 2030 si l'Indonésie ne prend pas de mesures pour les réduire. Les principales sources d'émission - responsables de 80 % des émissions prévues pour 2030 - sont la déforestation et le défrichage des tourbières, les transports et les centrales électriques. Le secteur de la forêt contribue à hauteur de 850 millions d'équivalent de CO2 par an. La déforestation avance au rythme de près de 1 million d'hectares par an, et elle cause l'émission de 562 millions de tonnes d'équivalent de CO2. La forêt dégradée est responsable de 211 millions de tonnes d'équivalent de CO2 par an et les incendies de forêt de 77 millions de tonnes d'équivalent de CO2.

Selon l'étude de McKinsey, l'Indonésie pourrait réduire ses émissions de 64 %, soit 2,3 gigatonnes de CO2, d'ici à 2030 grâce à l'adoption de 150 programmes différents dans les secteurs de la forêt, de la tourbe et de l'agriculture.

Il est évident que les pays développés peuvent aider l'Indonésie à tempérer les effets des changements climatiques. Sur la base de l'étude de McKinsey, le CCNC a recommandé de lancer des programmes de coopération bilatérale avec des pays développés afin de stopper ou de réduire la déforestation et d'encourager le reboisement. L'étude a évalué le coût de la réduction des émissions du secteur de la forêt à quelque 7 euros (environ 10 dollars) par tonne d'équivalent de CO2. Pour mettre en œuvre des programmes permettant de réduire les émissions de quelque 1,1 milliard de tonnes d'équivalent de CO2 par an, l'Indonésie aura besoin de 10,8 milliards de dollars de financement.

Mais le gouvernement doit assumer ses responsabilités et agir rapidement. « Il faut cinq ans au gouvernement pour changer. Dans cinq ans, nous aurons besoin de l'aide du reste du monde. Mais le reste du monde doit avancer l'argent. L'argent est le meilleur instrument pour arriver à des résultats rapides et réels », a déclaré M. Purnomo lors d'un entretien récent.

Les pays développés doivent faire en sorte que chaque dollar ou chaque euro qu'ils investissent ne contribue pas seulement à atténuer les effets du changement climatique mais aussi à protéger les Indonésiens de la pauvreté. La réduction de la pauvreté est un des grands objectifs de tous les programmes de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

« Au bout du compte, la seule chose que le gouvernement indonésien puisse faire, c'est de créer un environnement porteur », a conclu M. Purnomo.

Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://iipdigital.usembassy.gov/fr/)

forêt indonésienne défrichée

Les défrichements produisent des émissions massives de gaz carbonique, l'un des principaux facteurs du réchauffement climatique.