Washington – Le deuxième débat présidentiel entre l’ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney et le président Obama a offert la seule occasion aux électeurs américains de poser des questions aux deux candidats, en lieu et place d’un simple animateur du débat.
Les sujets sélectionnés reflètent un électorat américain dont la principale préoccupation est l’état de l’économie américaine et les perspectives d’emploi, alors que le pays continue à se remettre de la pire crise financière depuis la Grande Dépression.
Candy Crowley de CNN a animé le débat du 16 octobre organisé comme une réunion publique municipale, qui s’est tenu à l’université Hofstra à New York. L’auditoire était composé de 82 électeurs indécis qui vivent à proximité de l’établissement situé dans la banlieue de Long Island.
Le public a été choisi au hasard par l’organisation Gallup et les membres du public ont soumis une question écrite sur un bristol à Candy Crowley, qui a ensuite décidé qui pourrait poser sa question.
Lorsque Candy Crowley a appelé Jeremy Epstein, qui va voter pour la première fois, il a donné voix à une préoccupation partagée par nombre de jeunes Américains sur leurs chances de trouver un emploi une fois leurs études terminées, tout en devant également rembourser leurs emprunts étudiants.
« Monsieur le Président, Monsieur le gouverneur, je suis un étudiant de 20 ans et je vais à l’université. Tout ce que j’entends de mes professeurs, de mes voisins et d’autres personnes, c’est que, une fois mon diplôme en poche, j’ai peu de chances de trouver un emploi. Que pouvez-vous dire pour me rassurer, mais surtout pour rassurer mes parents, que je serai en mesure de subvenir suffisamment à mes besoins après mes études ? », a demandé le jeune homme.
« Votre question est une question posée par les étudiants dans tout le pays », a répondu M. Romney. Pour le candidat républicain, la solution consiste à « faciliter financièrement l’accès aux études supérieures pour les jeunes et aussi veiller à ce qu’il y ait un emploi au bout de leurs études. »
« Je sais ce qu’il faut faire pour créer à nouveau de bons emplois », a déclaré M. Romney avant de référer les électeurs à son « plan en cinq points » qui, selon lui, créerait 12 millions de nouveaux emplois aux États-Unis dans les quatre prochaines années et augmenterait le salaire net des travailleurs.
Cela va « aider Jeremy à trouver du travail à la sortie de l’université. Ça va aider des gens à travers tout le pays qui sont actuellement au chômage », a-t-il affirmé.
Le président Obama a dit qu’il envisage de lutter contre le chômage en encourageant la croissance d’emplois manufacturiers aux États-Unis, grâce à des mesures comme la modification du Code des impôts « afin que nous donnions des motivations aux entreprises qui investissent ici, aux États-Unis, et qui créent des emplois ici » et « que nous les aidions, elles et les petites entreprises, à exporter dans le monde entier sur de nouveaux marchés. »
Le Président a également dit vouloir que les établissements communautaires de l’enseignement supérieur de premier cycle aux États-Unis puissent former à nouveau les travailleurs, afin de les aider à trouver un emploi dans l’économie actuelle et à l’avenir, ainsi qu’investir dans des sources d’énergie telles que l’énergie solaire et éolienne, les biocarburants et l’efficacité énergétique des voitures. « Cela va aider Jeremy à trouver un emploi », a-t-il dit.
D’autres électeurs ont posé des questions sur les coûts croissants du carburant, l’augmentation ou pas de leurs impôts, la perte des déductions fiscales, la perte d’emplois aux États-Unis en faveur d’autres pays, la réforme de l’immigration, et l’écart de revenus entre les travailleurs masculins et féminins.
Concernant l’équité salariale entre les sexes, le Président Obama a cité en référence un projet de loi signé au début de son mandat et qui applique l’équité salariale pour les femmes. M. Romney a rappelé que, lors de son mandat comme gouverneur, il avait pris des mesures pour s’assurer que des femmes qualifiées feraient partie de son administration au Massachusetts.
En matière d’immigration, M. Obama a réitéré son soutien à la réforme globale de l’immigration qui inclurait une voie vers la citoyenneté pour les immigrés sans-papiers, tout en défendant sa décision de permettre aux enfants de ces immigrants de demander un visa. M. Romney a critiqué l’incapacité du Président à faire approuver la législation sur la réforme de l’immigration et déclaré qu’il soutenait les voies aidant les enfants sans-papiers à devenir des résidents permanents des États-Unis, par le biais de servir dans l’armée américaine ou d’autres programmes.
LES BANLIEUES REFLÈTENT LES PRÉOCCUPATIONS DE LA MAJORITÉ
Lawrence Levy a écrit dans le journal de Long Island Newsday daté du 17 octobre que les électeurs des banlieues aux États-Unis, comme ceux qui ont participé au débat municipal public, sont indispensables à tout candidat à la présidence, car ils ont tendance à être des citoyens de la classe moyenne dont les préoccupations reflètent celles de la population américaine dans son ensemble.
« Pendant 90 minutes souvent tendues et intrigantes, les résidents de Long Island ont pu s’exprimer personnellement et directement à l’occasion de ce qui était peut-être la confrontation clé de la campagne de 2012. Ils ont joué le rôle de substituts pour des millions de personnes dans des banlieues vieillissantes dont les voix vont compter – et dont les besoins en éducation, en infrastructures et autres sont tout aussi importants », écrit Levy.
Les questions sur les coûts du carburant traduisent le fait que les banlieusards « possèdent plus de voitures, font davantage de kilomètres en voiture et connaissent plus de congestion routière que les autres Américains », souligne-t-il.
En ce qui concerne l’inquiétude suscitée par l’emploi et les impôts, M. Levy souligne que, par rapport à d’autres Américains, les banlieusards sont plus susceptibles d’envoyer leurs enfants à l’université et de dépenser plus d’argent sur l’éducation. Ils comptent le plus haut pourcentage de propriétaires de résidences et sont davantage susceptibles de profiter de déductions fiscales sur leurs intérêts hypothécaires et leurs impôts fonciers.
Nombreux sont les jeunes Américains en particulier à éprouver des difficultés pour trouver un emploi et sont contraints de retourner vivre chez leurs parents, après leurs études supérieures, plutôt que de s’établir de façon indépendante. Pour M. Levy : « Les téléspectateurs de banlieue ont dû surtout avoir de l’empathie pour Jeremy Epstein – et écouter attentivement les réponses » des deux candidats à la présidence.
Le troisième et dernier débat présidentiel avant l’élection du 6 novembre, aura lieu le 22 octobre à l’université Lynn de Boca Raton, en Floride et sera axé sur la politique étrangère.
