Washington — Le « nosh » est un mot yiddish qui désigne un aliment à grignoter ou un repas léger, mais ne vous attendez pas à des portions congrues si vous allez manger chez les organisateurs du projet United Noshes, un couple de Brooklyn qui a décidé de consacrer cinq ans à la découverte de la richesse culinaire des Nations unies.
« Ce que cela représente pour moi, c’est l’équivalent d’aller à l’église pour beaucoup de gens. Il y a un élément spirituel, mais il y a aussi un élément communautaire dans le sens où on se réunit pour explorer diverses idées et divers thèmes », explique Laura Hadden, cofondatrice de United Noshes.
C’est elle l’hôtesse. Son mari et le cofondateur du projet, Jesse Friedman, est le maître queux. De l’Afghanistan au Zimbabwe, Laura et Jesse comptent préparer des plats reflétant les saveurs de 194 pays et faire don de plus de 30.000 dollars au Programme alimentaire mondial (PAM) d’ici à 2016.
L’idée a germé dans leur esprit un jour où ils sillonnaient les quartiers de New York en voiture. « S’il y a un endroit au monde où l’on devrait pouvoir déguster les cuisines du monde, c’est New York, mais on s’est aperçu que ce n’était pas le cas », dit Jesse. Alors, ils ont décidé de sortir leurs casseroles et de mettre un tablier.
Ils attaquent les pays (à la fourchette, bien sûr) par ordre alphabétique en se posant chaque semaine la même question : qu’est-ce qu’on servirait dans ce pays à un mariage ? Il est important, souligne Jesse, de faire participer des ressortissants du pays d’accueil pour s’assurer que les recettes sont bien choisies. Les plats possibles sont sélectionnés en fonction de la disponibilité des ingrédients.
« Impossible de trouver du bon beurre de yak », se résigne Laura. Mettre la main sur des ingrédients authentiques n’est qu’une difficulté parmi d’autres. Il faut aussi tenir compte des restrictions diététiques des invités tout en restant fidèle à la cuisine du pays. L’Argentine, par exemple, n’est pas faite pour les végétariens.
Pour réussir son repas, il n’y a pas qu’aux fourneaux qu’il faut s’activer. Jesse, par exemple, fait travailler ses méninges en consultant de la documentation, et ses muscles des jambes en pédalant dans les rues des cinq boroughs (arrondissements) de New York, à la recherche d’ingrédients et d’appareils de cuisine étrangers.
Jesse est impressionné par la gamme des choix qu’offre la ville. « Cela reflète la place des immigrants et la solidité des liens entre l’alimentation et le foyer, et l’intensité aussi du désir de vivre sa culture », estime-t-il.
La question des recettes et des ingrédients réglée, reste encore celle du programme musical. Pendant le repas, Laura et Jesse écoutent de la musique du pays au menu. Celle de la Biélorussie et des chorales de femmes de Bulgarie sont de celles qui ont laissé à Laura un goût « d’y revenez-y ».
En contrepartie de cette expérience culturelle, les fondateurs de United Noshes demandent à leurs invités de faire une modeste contribution au Programme alimentaire mondial.
« On ne veut pas se contenter de piocher dans une culture, explique Laura. On veut explorer et, dans une certaine mesure, se rendre utiles. »
Normalement, le couple invite huit à dix personnes dans son appartement à Brooklyn, l’un des arrondissements de New York. Mais le 22 avril, ils ont célébré le Cameroun en organisant une collecte de fonds pour le PAM. Les trente invités qu’ils ont reçus ont donné suffisamment d’argent pour servir 2.000 repas dans des cantines scolaires. En octobre, Laura et Jesse organiseront un autre grand repas pour lever des fonds à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation.
Jesse avait préparé du miondo (ficelle de manioc cuite à la vapeur), des ndolés aux crevettes (accompagnées de légumes verts amers et d’arachides), du koki (feuilles de bananier fourées de pâte de haricots blancs) et du poulet DG (braisé et servi avec des légumes).
Quand les plats ont été servis, un invité a fait remarquer que l’odeur lui était tout à fait nouvelle – et c’est précisément le but recherché.
« Il ne s’agit pas simplement de consommer des aliments ; l’idée, c’est aussi de se détendre entre amis, de faire de nouvelles rencontres – par exemple des gens qui viennent des pays dont on goûte la cuisine – et de se familiariser avec leur culture », insiste Jesse.
Pour ceux qui ne peuvent pas se mettre à table avec eux, Jesse et Laura tiennent un blog (en anglais). Chronique historique truffée de notes culinaires, il propose des recettes de cuisine, de la musique et des photos de chaque pays ainsi que les commentaires du couple une fois le repas terminé.
À la fin de chaque étape de leur voyage culinaire autour du monde, Laura et Jesse attribuent des « noshies » : des récompenses qui s’appliquent à toutes sortes de catégories, de la meilleure cuisine en général à l’ingrédient le plus exotique.
Quels mets suggéreraient-ils à quelqu’un qui voudrait goûter la cuisine américaine ? Étant donné la taille et la diversité des États-Unis, Jesse recommande une approche régionale : une soupe de palourdes (clam chowder) du Nord-Est, suivie d’un barbecue style Kansas City accompagné d’un pain à la farine de maïs (cornbread) et au piment jalapeno, une friture de tomates vertes et une salade composée (roquette, fraises et avocat).
« J’essaie de représenter diverses régions, comme ça, au lieu de trouver le plus petit dénominateur commun, on peut apprécier les variations et explorer les dérivations historiques », commente Jesse.
Et comme dessert ? Une tourte aux pommes.
Avec le repas consacré à la République tchèque le 9 septembre, Laura et Jesse auront préparé à ce jour des plats mettant en valeur 45 cuisines différentes. À la fin de chaque repas, le couple gratte sa carte du monde pour faire apparaître le nom du pays.
« C’est comme si on révélait le monde », résume Jesse.

