Washington - Le secrétaire d’État adjoint aux affaires africaines, M. Johnnie Carson, a affirmé le soutien des États-Unis à un « Nigéria stable et prospère » tout en reconnaissant que des défis importants à la paix et au développement économique du pays restaient encore à relever. M. Carson a tenu ces propos le 10 juillet lors de sa déposition devant la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants.
L’audience, présidée par le représentant républicain du New Jersey Christopher Smith, s’est penchée sur les problèmes politiques, économiques et sociaux qui affligent le pays.
« Le Nigéria fait face à des défis considérables, a dit M. Carson. Mais il n’est pas sur le point de s’effondrer, d’imploser sur lui-même ou de disparaître. Je crois que les forces qui maintiennent la cohésion du Nigéria sont bien plus puissantes que celles qui cherchent à le déchirer. »
Avec ses 160 millions d’habitants, le Nigéria est le pays le plus peuplé d’Afrique et sa nombreuse population musulmane est la sixième du monde. Le Nigéria est aussi le plus grand partenaire commercial des États-Unis sur le continent et le deuxième en matière d’investissements directs par le secteur privé américain.
Le Nigéria est en bonne position pour réaliser une croissance économique considérable, a déclaré M. Carson, notant la vaste et talentueuse classe professionnelle du pays, l’abondance de ses ressources naturelles et sa situation stratégique le long de la côte ouest-africaine, mais soulignant aussi que le Nigéria doit d’abord s’attaquer aux nombreux obstacles auxquels il se heurte.
Bien que l’économie nigériane soit la plus importante d’Afrique de l’Ouest, contribuant plus de 50 % du produit intérieur brut de la sous-région, près de 100 millions de Nigérians vivent avec moins de 1 dollar par jour, a dit M. Carson. La négligence du gouvernement sur plusieurs décennies a entravé le développement des secteurs de la santé, de l’éducation et de l’infrastructure des transports, avec pour conséquence le fait que les Nigérians n’ont pas tous accès à des centres de soins et aux transports en commun. Près d’un million d’enfants nigérians périssent avant leur cinquième anniversaire, et seulement la moitié de la population a accès à l’électricité.
L’insuffisance des services sociaux non seulement rend la vie difficile aux Nigérians ordinaires mais elle renforce l’impression du public que la pauvreté au Nigéria découle de la corruption et des abus du gouvernement.
« L’incapacité du gouvernement à répondre aux besoins du peuple, d’accroître l’économie et de créer des emplois a conduit à un sentiment de désespoir chez un grand nombre, a indiqué M. Carson. Elle contribue aussi à renforcer la notion populaire chez certains que le gouvernement ne se préoccupe tout simplement pas de la population. »
Les frustrations à l’égard du gouvernement fournissent ample matière à Boko Haram, le groupe islamiste radical qui a revendiqué plusieurs attentats violents contre des Occidentaux ainsi que contre le gouvernement et des citoyens nigérians. Le groupe, qui maintient des liens avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), poursuit un programme anti-occidental et cherche à inciter à la violence ethnique et religieuse en incendiant des églises dans le nord du pays.
Le gouvernement des États-Unis a récemment donné la dénomination de « terroristes mondiaux expressément désignés » à trois des dirigeants les plus dangereux de Boko Haram : Abubakar Shekau, Khalid al-Barnawi et Abubakar.
« Boko Haram exploite les problèmes sociaux et économiques dans le nord du pays et auxquels le gouvernement doit trouver des solutions, a souligné M. Carson. Un effort concerté de celui-ci pour fournir une direction responsable et répondant à tous les Nigérians tout en créant des possibilités de croissance économique réduira l’espace politique dans lequel Boko Haram opère. »
Les États-Unis ont aidé le gouvernement nigérian dans ses efforts pour réduire l’influence de Boko Haram en offrant du conseil et de la formation en criminalistique et dans d’autres domaines tels que la procédure d’enquête et la lutte préventive contre les engins explosifs improvisés, a expliqué M. Carson.
Le secrétaire d’État adjoint a cependant mis l’accent sur le fait que « les efforts sécuritaires visant à endiguer la violence de Boko Haram doivent éviter la violence excessive et les violations des droits de l’homme tout en faisant un meilleur usage des services de police et de renseignement pour repérer, arrêter et traduire en justice ceux qui sont responsables des actes violents perpétrés par Boko Haram ».
M. Carson a aussi averti des conséquences alarmantes du détournement de pétrole dans la région du Delta du Niger ; ce soutage illégal fait perdre au gouvernement nigérian près de 20 % de revenus potentiels par jour, les exportations pétrolières représentant environ 85 % du total de ses revenus. La région du Delta du Niger est aussi victime des dégâts importants causés à l’environnement par les déversements répétés d’hydrocarbures.
Bien qu’au bout du compte l’avenir du Nigéria soit entre les mains de ses dirigeants, les États-Unis continueront à aider ce pays dans ses efforts pour mettre en œuvre des réformes politiques et économiques importantes, a dit M. Carson.
« Nous, ici à Washington, sommes engagés à œuvrer en partenaires avec les Nigérians pour faire avancer leurs objectifs de démocratie, de développement, de respect des droits de l’homme, de stabilité, de paix et de meilleures possibilités pour tous les citoyens du pays », a déclaré M. Carson.
Une grande partie de la coopération bilatérale s’effectue lors des rencontres de la Commission binationale États-Unis-Nigéria (U.S.-Nigerian Binational Commission, BNC) qui réunissent de hauts responsables des deux pays et leur permettent de se pencher sur divers dossiers, notamment la gouvernance, l’énergie, l’agriculture et la coopération sécuritaire régionale. La commission binationale s’est déjà réunie plus de dix fois depuis son lancement en 2010. La dernière conférence a eu lieu les 4 et 5 juin à Washington.
