Washington – Il faut donner aux rescapés de la traite des personnes la possibilité de surmonter ce qu’ils ont souffert et d’atteindre le maximum de leur potentiel, a déclaré la secrétaire d’État Hillary Rodham Clinton.
Lors d’une cérémonie organisée au département d’État le 19 juin à l’occasion de la publication du Rapport 2012 sur la traite des personnes, Mme Clinton a dénoncé les trafiquants, qui s’en prennent, a-t-elle dit, à ceux dont les rêves et les espérances les poussent à rechercher une vie meilleure. La secrétaire d'État a souligné la nécessité de faire retrouver l'espoir aux rescapés de la traite, qu'ils cherchent à se procurer un meilleur emploi pour envoyer de l’argent à leur famille, à faire des études ou à scolariser leurs enfants, ou simplement à poursuivre de nouvelles pistes vers une vie meilleure.
Le rapport annuel, qui évalue les efforts déployés par 186 pays et territoires dans la lutte contre la traite des personnes – y compris les États-Unis – met l’accent sur les pratiques qui se sont révélées efficaces et sur les méthodes novatrices pour protéger les victimes, notamment en leur offrant un appui psychologique, en adoptant des lois en matière d’immigration et en apprenant aux inspecteurs du travail à les repérer, a expliqué Mme Clinton.
Selon le département d’État, environ 27 millions de personnes sont actuellement soumises au travail forcé ou réduites à l'esclavage dans l’industrie du sexe. Les statistiques fournies par l’Organisation internationale du travail indiquent que 55 % des victimes du travail forcé sont des femmes et des fillettes et que celles-ci représentent 98 % des victimes employées dans l’industrie du sexe.
Maria Otero, la sous-secrétaire d’État pour la sécurité civile, la démocratie et les droits de l’homme, a déclaré que les États-Unis œuvraient de concert avec d’autres gouvernements pour renforcer les systèmes juridiques, construire des capacités solides d’application de la loi, contribuer à la protection des citoyens et lutter contre la traite des personnes.
La lutte contre l’esclavage moderne, a dit Mme Otero, est une priorité pour les États-Unis car la traite des personnes bafoue le droit fondamental de tout être humain à la liberté et à la dignité. « La traite des personnes déchire aussi le tissu de la société, a-t-elle souligné. Elle sépare les familles. Elle détruit les communautés. Elle empêche les gens de participer pleinement au processus politique et à l’économie. Et elle entrave la capacité des pays à mettre en place des systèmes juridiques solides et des gouvernements transparents. »
Dans une note signée par lui et incluse dans le rapport de cette année, l’ambassadeur itinérant chargé de la surveillance et de la lutte contre la traite des personnes, M. Luis CdeBaca, a noté que certains gouvernements traitaient les victimes comme si elles étaient coupables de délits ou alors qu'ils les ignoraient complètement. Il a appelé les gouvernements à ne pas se dérober à leurs responsabilités, qui sont de traduire en justice les trafiquants et d'aider les personnes rescapées à reprendre une vie normale.
Le rapport 2012 explique que les trafiquants ont recours à des tactiques coercitives et à la force pour faire perdre à leurs victimes leur sentiment d'identité et de sécurité.
Même après avoir été libérées de l'emprise des trafiquants, les victimes de la traite peuvent souffrir de troubles psychologiques, notent les auteurs du rapport. D'où l'impérieuse nécessité d'intégrer une prise en charge d'ordre psychologique aux services en faveur des victimes et aux protocoles de soins.
Le rapport recommande entre autres les mesures suivantes :
· Fournir des abris aux rescapés, sans en faire des lieux de détention. Les victimes doivent être libres de se déplacer.
· Informer les rescapés de leurs droits dans les meilleurs délais et dans une langue qu’ils comprennent.
· Les laisser choisir les renseignements les concernant qui peuvent être divulgués.
· Leur remettre une carte de résident permanent et un permis de travail. Au lieu d'avoir recours à la déportation forcée, notent les auteurs du rapport, il vaut mieux proposer des incitations pour faciliter le processus d’application de la loi.
Le rapport met aussi les gouvernements en garde contre la différence entre la traite des personnes, où les personnes agissent sous la contrainte, et l’immigration illégale, qui est volontaire.
Souvent, regrettent les auteurs, les autorités ne cherchent pas à déceler les signes du travail forcé, de la servitude pour dettes ou de l’exploitation sexuelle. Mais une chose est claire : ce sont les trafiquants, et non les victimes de la traite, qui sont les criminels, soulignent-ils.
Le texte intégral du rapport est disponible (en anglais) sur le site du département d'État.
