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Des femmes à l’honneur pour leur défense de la démocratie et des droits de l’homme

Par Charlene Porter | Rédactrice | 14 juin 2012
Des files de personnes en armes (AP Images).

En 1997, 2.000 jeunes combattantes libériennes ont rendu leurs armes aux Casques bleus. Rosana Schaack, militante des droits de l’homme mise à l’honneur, les a aidées à retrouver une vie normale.

Washington – Donner des moyens d’existence à une femme pauvre ; tourner un film pour exposer les familles qui échangent leur fille contre une remise de dette ; ou reconstruire la vie de jeunes femmes, qui depuis leur enfance, ont servi de soldates ou de prostituées.

Tels sont les accomplissements de femmes qui prennent les choses en main pour transformer la vie dans des collectivités en difficulté dans tous les coins du monde. Et ce sont ces femmes qui reçoivent les Global Leadership Awards de l’organisation Vital Voices, active dans plus de 140 pays et qui a pour mission d’aider les femmes à renforcer la démocratie, accroître les possibilités économiques et protéger les droits humains.

La présidente de Vital Voices, Alyse Nelson, a déclaré que les neuf femmes honorées en 2012 avaient donné à leurs communautés la bonne impulsion au bon moment.

« Cette participation, cette détermination, cette capacité de transcender les lignes qui sont souvent sources de clivages, a-t-elle dit, sont les qualités qui offrent le remède dont notre monde a besoin ».

C’est ainsi que Mme Nelson s’est exprimée le 5 juin 2012 à Washington, à l’US Institute of Peace, un jour avant que les personnes à l’honneur ne reçoivent leurs prix lors d’une cérémonie tenue au Centre John F. Kennedy pour les arts du spectacle.

Une des lauréates, l’anthropologue pakistanaise Samar Minallah Khan, est devenue réalisatrice de films documentaires afin d’exposer des coutumes rurales qui violaient les droits humains.

« Je me suis rendu compte qu’en présentant ces documentaires dans les communautés et dans les régions rurales, en les utilisant comme outils de sensibilisation et de dialogue, ils aidaient vraiment à briser le silence qui entoure les questions dont on ne parle généralement pas en public ou ouvertement », a-t-elle déclaré à l’auditoire rassemblé à l’US Institute of Peace.

En Afghanistan et au Pakistan, on connaît sous le nom de swara la coutume suivie ouvertement depuis des générations qui consiste à donner sa fille pour apurer une dette ou régler un différend. Grâce en partie au film, les législateurs pakistanais ont voté en 2004 une loi abolissant cette pratique.

Khan a également tourné des documentaires sur la traite des personnes, le travail des enfants et l’importance de l’éducation des filles.

Au Libéria, 2.000 soldates ont remis leurs armes aux casques bleus des Nations unies à la fin d’une guerre civile de 14 ans. L’infirmière devenue activiste Rosana Schaack a aidé à la réhabilitation de ces jeunes soldates dont certaines avaient à peine 7 ans lorsqu’elles avaient été enlevées par l’armée rebelle.

« Elles servaient de femmes ; elles étaient des esclaves sexuelles ; elles étaient des jeunes mères », a déclaré Mme Schaak qui a fondé une organisation à but non lucratif, Touching Humanity in Need of Kindness (THINK Inc., Toucher l’humanité en manque de tendresse) pour s’attaquer aux problèmes de l’après-guerre au Libéria.

THINK offre toute une gamme de services qui aident les anciens enfants soldats à se réintégrer dans la vie normale, notamment des abris, des soins médicaux, des services psychologiques, une éducation et une formation aux compétences nécessaires à la vie courante.

Dans le petit État insulaire du Pacifique de Samoa, il y a quelque temps, il était tellement difficile de gagner ne serait-ce qu’un salaire de base que les jeunes quittaient leurs foyers pour aller chercher du travail ailleurs.

Adimaimalaga Tafuna'i voulait arrêter ce cycle migratoire en trouvant un moyen de permettre aux villageois de générer des revenus afin de mieux éduquer, de mieux nourrir et de mieux soigner leurs familles.

La clé était de repérer et de cultiver des plantes ne poussant que dans un climat tropical et Mme Tafuna'i a créé une organisation de promotion du commerce pour aider les villageois à trouver des marchés plus importants pour des produits tels que l’huile de coco et le jus de noni. Les Samoans ont réussi à établir ce qu’elle appelle une « relation d’affaires vraiment superbe » avec une société britannique, The Body Shop, qui se spécialise dans les produits cosmétiques et de soins personnels fabriqués à partir d’ingrédients naturels.

« Les quantités qu’ils nous demandent ne cessent d’augmenter et nous devons chercher en dehors de Samoa ; nous essayons maintenant d’établir des relations avec d’autres petits pays insulaires du Pacifique » a dit Mme Tafuna'i à l’auditoire.

Elle a ajouté que Women in Business Develpment a réussi à Samoa parce que cette organisation a été créée par des Samoans qui comprennent la culture de l’île et sont prêts à écouter les villageois. Trop souvent, a-t-elle rappelé, des hommes d’affaires bien intentionnés arrivent dans les petits pays avec des idées arrêtées sur les moyens d’accélérer le développement en utilisant des méthodes qui peuvent avoir marché ailleurs mais sont inappropriées pour les petites populations isolées des nations insulaires du Pacifique.

Vital Voices honore également des femmes qui ont joué un rôle dans les divers pays ayant participé au mouvement du Printemps arabe de 2011. L’avocate libyenne spécialisée dans la défense des droits de l’homme Salwa Bugaighis était connue depuis longtemps comme celle qui défend des prisonniers politiques et elle a été une organisatrice des manifestations de Benghazi qui ont impulsé le mouvement qui, à terme, mit fin au régime de Mouammar Kadhafi.

Elle se souvient qu’elle était dans la foule d’une première manifestation lorsqu’elle a entendu dire qu’un jeune homme avait été tué par les soldats de Kadhafi, près de là où elle se trouvait. « À ce moment là, la manifestation a basculé dans la révolution, explique-t-elle. On ne sent pas la peur au ventre. On veut aller mener sa mission à bien ».

Mme Bugaighis faisait partie du Conseil national transitoire de Libye mais elle a démissionné au bout de quelques mois pour protester contre ce qu’elle considérait être une sous représentation des femmes dans le nouveau gouvernement.

Vital Voices a également salué les accomplissements de plusieurs autres femmes :

Mmes Ruth Zavaleta Salgado, femme politique mexicaine ; Shatha Al-Harazi, journaliste yéménite ; Manal al-Sharif, activiste saoudite pour les droits humains ; Marianne Nagui Hanna Ibrahim, défenseur égyptienne des doits humains et de la paix sociale ; et Amira Yahyaoui, bloggeuse et championne d’une plus grande liberté d’expression dans son pays natal, la Tunisie.