Washington - Les investissements dans l’agriculture des pays en développement ont un effet six fois plus grand sur la productivité que ceux qui sont faits dans le secteur de l’industrie ou des services, a déclaré Rajiv Shah, administrateur de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID).
« Pour reléguer la pauvreté extrême au passé, nous devons augmenter la production agricole mondiale précisément là où la pauvreté, la faim et la [mal]nutrition enfantine sont les plus répandues », a dit M. Shah à un auditoire composé en majorité d’étudiants en relations internationales et en développement à l’École supérieure d’études internationales de l’université Johns Hopkins, à Washington.
Si on a la lutte contre la pauvreté à cœur, « il faut avoir l’agriculture à cœur », a-t-il affirmé le 17 avril lors de la conférence organisée par cet établissement sur le thème de « l’année de l’agriculture ». Dans le monde, 75 % des pauvres gagnent leur vie dans l’agriculture, et la plupart des agriculteurs sont des femmes qui cultivent un hectare, a-t-il expliqué.
La population mondiale devrait franchir la barre des 9 milliards d’ici à 2050, a noté M. Shah. « Nous devons répondre aux besoins accrus en matière de production dans un monde où nous faisons face à des températures plus élevées, à des aberrations climatiques plus fréquentes et à des pressions plus sévères sur les ressources en eau. »
Pendant la période de la hausse des prix alimentaires allant de 2007 à 2009, a-t-il poursuivi, « pour la première fois en 40 ans le nombre de personnes souffrant de la faim, de la pauvreté et de malnutrition a augmenté » de plus de 100 millions. Mais au fur et à mesure que les pays amélioreront leur productivité agricole, les prix alimentaires baisseront.
En 2009, après la baisse des investissements dans l’agriculture mondiale observée pendant des dizaines d’années, le président Obama s’est démené, en liaison avec d’autres grandes économies, pour relancer les investissements agricoles. Ces efforts se sont soldés par un engagement mondial à hauteur de 22 milliards de dollars pour améliorer la sécurité alimentaire. M. Obama a alors créé « Feed the Future », l’Initiative alimentaire pour l’avenir qui cible 20 pays.
L’administrateur de l’USAID a souligné que pour nourrir une population mondiale croissante, il faudrait « se concentrer sur la solution et non pas sur le problème ». Il sera nécessaire, a-t-il noté, de mettre l’accent sur la science et la technologie pour parvenir à améliorer la productivité agricole.
« En tirant parti du pouvoir de la science et de la technologie, nous sommes convaincus que nous pourrons transformer l’agriculture en une vaste gamme de systèmes de production en Asie, en Amérique latine, en Afrique et partout ailleurs. »
Dans les 20 pays où l’initiative « Feed the Future » concentre ses efforts, l’accent est mis sur des stratégies de production conçues spécifiquement pour répondre aux besoins de la région. Les résultats sont mesurés au niveau des exploitations et au niveau national. « Cette approche quantitative commence à porter ses fruits », a dit M. Shah. Les pays ciblés ont accru leur production de 5,8 % par an en moyenne, alors qu’au niveau mondial la production a augmenté de 0,7 % en moyenne.
M. Shah a expliqué qu’il fallait envisager l’agriculture sous l’angle du commerce et non seulement comme un dossier du développement. Il a mis en relief les réussites réalisées dans deux pays asiatiques grâce aux investissements faits par l’USAID en matière de science et de technologie.
En 2011, l’USAID a lancé un programme visant à aider les agriculteurs du Bangladesh à appliquer les engrais de manière plus efficace en ayant recours à la méthode dite « de placement en profondeur de l’urée ». Cette méthode consiste à placer des granules d’engrais à forte teneur en azote dans les rizières irriguées ou pluviales. Du coup, a noté l’administrateur de l’USAID, 400.000 riziculteurs ont vu leur production augmenter de 15 % en l’espace de 18 mois seulement.
Aux Philippines, l’USAID a œuvré de pair avec l’Institut international de recherche sur le riz pour mettre au point une souche de riz qui résiste aux grandes inondations. Plus d’un million d’agriculteurs ont vu leurs récoltes s’améliorer et 70 millions d’autres à travers l’Asie pourraient profiter de cette variété de riz si elle était adoptée à une échelle plus vaste, a expliqué M. Shah.
Quant à l’idée de traiter l’agriculture comme une entreprise, M. Shah a donné l’exemple du partenariat de l’USAID avec la société d’investissement J.P. Morgan Chase & Co. dans le cadre duquel 25 millions de dollars seraient investis dans de petites et moyennes entreprises de l’agroalimentaire en Afrique de l’Est en coopération avec des fondations privées. Le partenariat devrait profiter à 250.000 foyers, a souligné M. Shah.
Un autre partenariat de l’USAID est celui forgé avec la société alimentaire et de boissons PepsiCo et avec le Programme alimentaire mondial pour aider 30.000 cultivateurs de pois chiches en Éthiopie. La plupart de ces agriculteurs sont des femmes et elles vendront leurs récoltes à PepsiCo qui les revendra à des entreprises agroalimentaires. Ces dernières les transformeront en produits à base de pois chiches, notamment le hoummos et en un aliment hautement nutritif, prêt à la consommation, d’une longue durée de stockage et qui pourra être distribué par les programmes d’aide alimentaire.
« Les investissements de ce genre finiront par transformer la production agricole et les taux de croissance », a affirmé M. Shah.
