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Les femmes et la production vivrière : avoir plus pour faire mieux

Par Kathryn McConnell | Rédactrice | 18 avril 2012
Une femme avec une binette dans un champ. (USAID)

Les cultivatrices ont besoin d'outils adaptés et d'accès au crédit pour accroître leur production.

Washington - La production vivrière mondiale pourrait progresser de 30 % si les cultivatrices avaient le même accès aux ressources que les hommes. Tel est le constat d'une spécialiste américaine des questions alimentaires et agricoles, Catherine Bertini, qui est professeur d'administration publique et d'affaires internationales à l'université Syracuse (New York).

Si elles avaient davantage accès au crédit, à la propriété terrienne, à l'enseignement primaire et secondaire, aux services de vulgarisation et ne serait-ce qu'à des téléphones portables, les femmes -- qui sont plus nombreuses que les hommes dans le secteur agricole des pays en développement -- pourraient accroître leur production agricole et le revenu de leur famille, estime Mme Bertini, qui a rappelé que la planète compterait 9,5 milliards d'habitants d'ici à 2050.

« Les femmes sont la clé de voûte de l'agriculture productive », a affirmé la spécialiste le 12 avril lors d'un exposé à l'École d'études internationales supérieures de l'université Johns Hopkins, à Washington.

L'accès à la téléphonie mobile permettrait aux femmes d'obtenir des informations sur les prix et les services de vulgarisation, a-t-elle expliqué. Les femmes doivent aussi savoir lire et écrire afin de pouvoir tirer le meilleur parti des ces informations et prendre des décisions judicieuses, par exemple en ce qui concerne le moment auquel elles devraient vendre leurs récoltes pour en retirer le meilleur prix.

Elles ont également besoin d'outils agricoles, binettes par exemple, qui leur soient adaptés -- on sait bien qu'elles portent souvent leur bébé sur le dos quand elles travaillent dans les champs. Comme ce sont souvent elles qui vont chercher de l'eau pour leur famille et des combustibles pour faire la cuisine, ce sont des gestionnaires de ressources naturelles : elles connaissent l'état des sources d'eau, par exemple des puits et des rivières, ainsi que des forêts, et quand ces ressources sont menacées, elles le savent, a fait observer Mme Bertini.

Chez elles, elles ont besoin d'avoir accès à des émissions radiophoniques qui leur donnent des conseils sur les pratiques culturales adaptées à leur situation géographique et sur l'élevage du bétail. Mme Bertini a évoqué l'époque où elle travaillait avec la fondation Bill et Melinda Gates. Au Ghana, la fondation avait demandé aux villageois et aux villageoises quand ils étaient les plus susceptibles d'écouter la radio et qui choisissait la station. Sur la base des réponses reçues, une station locale de radio a pu programmer ses bulletins agricoles aux heures d'écoute correspondant à l'emploi du temps des agriculteurs.

En 2008, la fondation Gates a pris la décision d'inclure les femmes et les filles dans tous ses programmes, a indiqué la spécialiste. En 2010, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) lui a emboîté le pas, et le gouvernement Obama a continué sur cette lancée dans son initiative alimentaire pour l'avenir, Feed the Future. Cette dernière vient de créer un indice de l'autonomisation féminine dans l'agriculture, qui vise comme son nom l'indique à mesurer l'autonomie et l'inclusion des femmes dans ce secteur.

De l'avis de Mme Bertini, avec un peu plus d'imagination, on pourrait faciliter la vie des filles en milieu rural. Par exemple, on pourrait construire des puits dans les écoles pour que les fillettes puissent rapporter de l'eau à la maison en fin de journée. Cela leur éviterait un déplacement supplémentaire pour aller en chercher, une fois rentrées de l'école.

De surcroît, les filles devraient pouvoir adhérer à des associations pour la jeunesse qui forment le caractère et développent la confiance en soi, associations du type de « Future Farmers of America » ou des clubs 4-H qui existent, eux, depuis un siècle. Ceux et celles qui soutiennent le rôle des femmes dans l'agriculture devraient aider les hommes à comprendre les avantages qui en découlent pour leur famille quand la communauté aide les cultivatrices.

Mme Bertini, qui a été à la tête du Programme alimentaire mondial et s'est vu décerner le Prix mondial de l'alimentation, estime qu'il faut continuer à accroître les fonds alloués au développement agricole. Elle est également conseillère auprès de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et co-présidente de l'initiative du Council on Global Affairs de Chicago sur le développement agricole dans le monde.

« Ce qui doit maintenant faire partie de la normale, a-t-elle conclu, c'est d'investir dans la production agricole. »

Une femme dans un champ de maïs (USAID)

Le rendement du maïs de Sabira Jumabaeva, au Kirghizistan, a augmenté parce qu'elle a utilisé des semences de qualité, fournies par l'USAID.