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Le nouveau visage de l’électorat américain en 2012

28 août 2012
Un formulaire d'inscription (AP Images)

Les électeurs du Nevada peuvent trouver un formulaire d'inscription en espagnol dans une cour fédérale de Las Vegas, les Hispaniques étant la minorité qui connaît la croissance la plus rapide de l'électorat américain.

Washington - Aux États-Unis, la race, la religion et l’appartenance ethnique font partie du secret de l’isoloir. Le bulletin de vote porte le nom des candidats, pas celui de l’électeur. Tout ce qu’on sait sur cette personne, c’est qu’elle a au moins 18 ans et qu’elle a la nationalité américaine.

La composition de l’électorat américain évolue d’une élection à l’autre. Les électeurs dont les candidats à la présidence devront retenir l’attention en 2012 ont changé depuis la victoire de Barack Obama en 2008.

« Les plaques tectoniques de la politique américaine sont en train de bouger », écrit l’analyste Ruy Teixeira dans une étude présentée à la conférence sur « L’avenir des partis » tenue en mars 2010 au Kenyon College. « Une concaténation puissante de forces démographiques est en train de transformer l’électorat américain et de donner une forme nouvelle aux deux grands partis politiques. »

Le recensement de 2010 indique que la tranche de la population composée de minorités aux États-Unis s’est accrue de 30 % au cours de la dernière décennie (celle des Hispaniques enregistrant une hausse de 43 %), tandis que la population blanche a augmenté de 1 %. Cet écart considérable signifie que les minorités non blanches représentaient 92 % de la croissance démographique aux États-Unis entre 2000 et 2010. Elles représentaient aussi 36 % de la population en 2010, soit 5 points de pourcentage de plus qu’en 2000.

Ces chiffres suggèrent que les minorités constitueront environ 28 % de l’électorat en 2012, contre 26 % en 2008. Cependant, les chiffres démographiques bruts ne peuvent pas prédire qui en réalité se rendra aux urnes. Le taux de participation varie considérablement selon les races et les ethnies. Les données réunies par les sondages effectués auprès des votants à la sortie des urnes aux élections de 2008 et de 2010 donnent à penser que la participation des minorités aux scrutins augmente à un taux supérieur à celui de sa croissance démographique.

Le taux de croissance de la population hispanique a augmenté plus rapidement que son taux de participation électorale. Seuls 42 % des « Latinos » ont le droit de vote, les autres étant soit trop jeunes, soit de nationalité étrangère. En revanche, 77 % des blancs non hispaniques et 66 % des Afro-Américains auront le droit de vote en 2012, selon un rapport publié en 2009 par le Centre d’études démographiques de l’Université du Michigan.

Ceci dit, la part des Hispano-Américains dans l’électorat augmente régulièrement : de 2 % au début des années 1990, elle est passée à 9 % en 2008. Les analystes prédisent que d’ici à 2020 le total des suffrages exprimés par ces derniers dépassera celui des Afro-Américains.

Les Asiatiques-Américains ont eux aussi contribué à la croissance des minorités, leur nombre ayant augmenté d’environ 26 % au cours de la dernière décennie. En 2010, les Asiatiques-Américains représentaient quelque 5 % de la population des États-Unis et 2 % de l’électorat, selon un rapport de la Brookings Institution de la même année.

Une autre tranche de la population qui jouera un rôle clé dans les élections de 2012 sera celle des jeunes électeurs, ceux qui font partie de la génération dite du millénaire et qui sont nés entre 1979 et 2000. En 2008, ils représentaient 18 % des votants, un pourcentage qui sera considérablement plus important en 2012 puisqu’ils sont de plus en plus nombreux à être suffisamment âgés pour voter. Environ 48 millions avaient le droit de vote en 2008 et ce chiffre augmente depuis d’environ 4 millions par an. Les politologues prédisent que 35 millions de ces « millénaires » se rendront aux urnes en 2012, soit 26 % du total des électeurs, selon les estimations.

Les jeunes électeurs pourraient bien être le groupe le moins fiable de votants aux États-Unis. Ils n’ont fait preuve que d’un enthousiasme mitigé aux élections de 2010, la participation des 18 à 29 ans étant passée de 18 % en 2008 à 12 %, un pourcentage faible même pour des élections de mi-mandat.

La diversité religieuse gagne aussi du terrain aux États-Unis, les électeurs se réclamant de valeurs laïques ayant particulièrement le vent en poupe. Le pourcentage des adultes ne déclarant aucune appartenance religieuse a presque triplé de 1944 à 2004, selon M. Teixeira, passant de 5 % à 14 %. Si cette tendance se poursuit, les Américains adultes sans appartenance religieuse représenteront entre 20 % et 25 % de la population d’ici à 2024.

Cette tendance – conjuguée au nombre croissant d’adeptes de religions non-chrétiennes et aux transformations ethno-raciales - suggère que les États-Unis, sur le plan démographique, ne seront plus définis comme une nation blanche chrétienne quand l’élection présidentielle de 2016 aura lieu.

Les tendances générales des dernières quatre ou cinq décennies vont vraisemblablement se poursuivre. Les jeunes électeurs, les électeurs des groupes minoritaires, ceux qui sont acquis aux valeurs laïques (sans liens solides avec des communautés religieuses) et ceux des zones urbaines tendent à favoriser les candidats démocrates. Les électeurs plus âgés, en général blancs et plus religieux ainsi que les électeurs des régions rurales ont davantage tendance à soutenir les candidats républicains.

Qu’y aura-t-il de différent en 2012 ? Ce seront les changements dans les États dits « swing states », c’est-à-dire sans préférence marquée ni pour le parti démocrate ni pour le parti républicain, qui pourraient bien être la clé de cette élection.

Six États - Iowa, Michigan, Minnesota, Ohio, Pennsylvanie et Wisconsin - ont tous enregistré un taux de croissance démographique relativement faible, et la part des électeurs non blancs, au demeurant modeste, augmente lentement. Aux élections de 2012, on estime que les électeurs minoritaires représenteront environ 15 % de la participation totale, allant de quelque 10 % dans l’Iowa à 21 % en Pennsylvanie.

Trois États du sud-ouest - Colorado, Nevada et Nouveau-Mexique - connaissent une croissance rapide, avec des pourcentages relativement élevés et toujours en hausse d’électeurs minoritaires, pour la plupart des Hispaniques. Aux prochaines élections, les électeurs minoritaires devraient représenter environ 36 % de l’électorat dans ces trois États réunis (21 % dans le Colorado et 52 % au Nouveau-Mexique).

Les trois États du « New South » ou Sud nouveau - Floride, Caroline du Nord et Virginie - ont tous été marqués par une croissance rapide, du fait en partie des populations minoritaires qui commencent à augmenter. On y prévoit une moyenne d’environ 31 % d’électeurs minoritaires en 2012.

La situation démographique n’est qu’un élément du puzzle des élections américaines. Les électeurs qui se rendront aux urnes détermineront qui occupera la Maison-Blanche et quel parti contrôlera le Congrès. Comme dans toutes les élections, les votants seront motivés par l’enthousiasme ou par le mécontentement, par l’espoir et par la peur, et aussi - un tout petit peu - par la météo.

Une rangée de personnes à des urnes (AP Images)

Le président Obama a remporté la victoire en 2008 avec le concours de l'électorat le plus diversifié du pays et grâce au nombre record de minorités et de jeunes qui sont allés voter pour lui.