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Un animateur de radio libano-américain se voit décerner une « subvention du génie »

Par Ashley Rainey Donahey | Rédactrice | 17 novembre 2011
Jad Abumrad. (Marco Antonio)

Le producteur du programme Radiolab de la chaine WNYC, Jad Abumrad a gagné une bourse MacArthur en 2011. Il est possible qu'Abumrad se serve des fonds pour se rendre au Liban, son pays d'origine.

Washington - Jad Abumrad avait connu des jours meilleurs. Ce producteur d'une émission de radio à New York avait atterri à l'aéroport new-yorkais de LaGuardia, mais ni sa valise ni son portefeuille ne l'avaient suivi. « J'étais bon à prendre avec des pincettes », se souvient-il. Quand il reçut un coup de fil sibyllin lui annonçant qu'il allait toucher un demi-million de dollars, sans conditions, il se dit qu'il avait affaire à une arnaque, une contrariété de plus dont il se serait bien passé ce jour-là.

La promesse avait beau être surréelle, la personne qui l'avait faite n'en était pas moins sincère. Jad Abumrad est en effet le bénéficiaire d'un don de la MacArthur Foundation Fellowship, dit « Genius Grant » (subvention du génie). Les titulaires de cette récompense reçoivent 500.000 dollars répartis en versements trimestriels étalés sur cinq ans. Ils peuvent dépenser cet argent comme bon leur semble et n'ont aucun compte à rendre à qui que ce soit. La fondation espère ainsi fournir aux bénéficiaires, sélectionnés parce qu'ils font montre d'une créativité exceptionnelle dans quelque domaine que ce soit, les moyens de poursuivre leurs travaux. Il ne s'agit pas d'une récompense pour laquelle on soumet une demande : il faut faire l'objet d'une nomination.

Ce qui a valu cet honneur à Jad, c'est la créativité qu'il apporte à la réalisation de son émission Radiolab, diffusée sur la station WNYC. À la fois découverte scientifique et exploration philosophique, Radiolab est une émission qui défie toute description. Le célèbre animateur de radio Ira Glass a salué publiquement son collègue qui réussit l'impossible en créant une nouvelle esthétique dans un moyen d'information aussi vieillot que la radio.

« Quand j'écoute Radiolab, j'éprouve une sensation inhabituelle parce que je n'ai jamais entendu parler de la quasi-totalité des thèmes abordés et je n'y ai jamais pensé, et cela mène à des idées qui me sont totalement inconnues », écrit Ira Glass dans un essai récent intitulé « Radiolab : An Appreciation. » « C'est une norme à laquelle aspirent très peu d'entre nous, et que nous sommes encore moins nombreux à atteindre. »

Jad ne sait pas encore exactement comment il va dépenser cet argent, mais une chose est sûre : ce sera pour la radio. « La radio publique est un concept qui me passionne, et je veux continuer à apporter de nouvelles idées, à inviter un nouveau public, et je sens que cette subvention va me donner le moyen de le faire », affirme-t-il.

Américain d'origine libanaise dont les parents ont immigré aux États-Unis juste avant sa naissance, Jad est persuadé que sa double identité explique la singularité de son émission. « On parlait arabe à la maison, raconte-t-il. On mangeait des plats libanais. Mes grands-parents vivaient chez nous. À bien des égards, on était une famille libanaise. »

Mais sa vie familiale tranchait, parfois très nettement, sur sa vie à l'école. Il avait cinq ans quand sa famille s'est installée dans le Tennessee, et il n'a pas oublié la gêne qu'il a ressentie pendant son enfance, étant « le seul gosse arabe dans l'univers baptiste du Sud ». Cette expérience s'est révélée formatrice parce qu'il est aujourd'hui capable d'embrasser de multiples réalités avec aisance. « Cela me permet d'accepter sans difficultés la tension qui existe entre la multiplicité des idées -- être arabe, être américain, être à l'extérieur de l'univers politique mais en comprendre les dessous. Et, parce que c'est en fait une obligation professionnelle, être capable de fonctionner en étant soi-même une sorte de tension entre des idées. »

Jad a vécu brièvement au Liban avec sa famille quand il avait trois ans, mais ce n'est qu'en 1991 qu'il a pu retourner dans ce pays. Il se demande aujourd'hui s'il ne va pas utiliser la subvention de la fondation MacArthur pour aller faire son émission Radiolab au Liban. « Cela me ferait vraiment plaisir d'y aller comme journaliste pour trouver des idées de narrations. Je me dis que je pourrais saisir l'essence du Liban par le biais de ses récits et vivre quelque temps dans ce pays. »

Indépendamment de ses projets, Jad est ravi d'avoir été sélectionné par la fondation MacArthur. « Plus que l'argent, confie-t-il, c'est le prestige associé à cette récompense qui est très stimulant. »

Jad a depuis récupéré sa valise et son portefeuille, mais il est encore sous le coup de l'émotion quand il pense à l'appel téléphonique qu'il a reçu. Se voir décerner une récompense prestigieuse quand on ne savait même qu'on était en lice n'est pas chose courante. « C'est dément », avoue-t-il.

(Les articles du site «IIP Digital» sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://iipdigital.usembassy.gov/iipdigital-fr/index.html)