Washington - Comme aucune formation politique n'a remporté la majorité des voix lors des élections historiques du 23 octobre, les parties négocient la formation d'un gouvernement de coalition qui représentera tous les Tunisiens. L'heure est donc à la « realpolitik », résume la porte-parole du département d'État, Mme Victoria Nuland.
« La realpolitik fait son apparition pour la première fois depuis longtemps en Tunisie, et c'est passionnant », a-t-elle déclaré à la presse le 28 octobre à Washington.
« C'est ce que les Tunisiens veulent et méritent, à savoir la possibilité que le processus politique reflète les vues des Tunisiens de toutes les allégeances, et qu'un esprit propice à la création d'une coalition et au compromis devienne la norme », a-t-elle ajouté.
Les premières élections qui aient été tenues depuis l'effondrement du régime de Zine El Abidine Ben Ali ont donné au parti islamiste modéré Ennahda plus de 41 % des suffrages exprimés et 90 sièges au parlement, sur les 217 qui étaient à pourvoir, mais il lui en fallait 109 pour pouvoir former un gouvernement à lui seul. Les deux autres gagnants du scrutin sont le Congrès pour la République (CPR) et le Forum démocratique pour le travail et les libertés (Ettakatol), arrivés respectivement en deuxième et en troisième places. Ces deux partis de gauche, laïques, ont remporté 30 et 21 sièges chacun.
Le gouvernement Obama, a souligné la porte-parole, ne jugera pas les partis politiques de Tunisie « en fonction du nom qui leur est donné », que leur étiquette soit celle d'islamiste, de parti de gauche ou de toute autre dénomination. « Nous allons les juger en fonction de leurs actions », a-t-elle insisté.
« Ce qu'ils doivent faire, a-t-elle poursuivi, c'est soutenir les droits de l'homme universels, soutenir les principes démocratiques, soutenir l'égalité des chances pour tous les citoyens -- y compris les femmes --, soutenir la tolérance, la diversité, l'unité. C'est sur cette base que nous allons juger tous les groupes qui vont se manifester. »
Par ailleurs, Mme Nuland a critiqué la violence postélectorale qui a éclaté dans la ville de Sidi Bouzid, point de départ du mouvement de contestation contre l'ancien régime, amorcé en décembre 2010.
« Nous estimons que ni le peuple tunisien ni l'avenir de la Tunisie ne sont servis par le recours à la violence pour atteindre des buts politiques. Et nous demandons aux Tunisiens d'honorer la longue tradition de tolérance et de modération qui caractérise leur société et de manifester pacifiquement en faisant montre de la dignité et de la retenue qui leur ont valu l'admiration de la région et du monde il y a quelques mois seulement », a commenté la porte-parole.
