Washington - Bien qu'il soit important d'intervenir dans les crises alimentaires urgentes, il est aussi impératif que la communauté internationale ne perde pas de vue l'objectif durable qui est de réduire la faim et la malnutrition en renforçant l'agriculture mondiale, a dit la secrétaire d'État, Hillary Rodham Clinton.
« Les Nations unies estiment qu'il nous faut accroître de 70 % la production agricole mondiale d'ici à 2050 afin de répondre à la demande croissante » des populations, a-t-elle déclaré lors d'un forum sur les femmes et l'agriculture tenu le 19 septembre à New York.
Une façon d'y parvenir, selon elle, est d'investir davantage dans les femmes qui constituent la majorité de la main-d'œuvre agricole dans de nombreux pays en développement. Les femmes participent à tous les aspects de la production agricole, de la plantation des semences au désherbage des champs et aux récoltes, mais la productivité des agricultrices est inférieure de 30 % à celle des hommes du fait de leur accès réduit aux ressources.
« Ces femmes ont moins d'engrais et moins d'outils, des semences de moindre qualité et un accès réduit à la formation ainsi qu'à la possession des terres », a expliqué la secrétaire d'État.
Le résultat est que les récoltes des agricultrices sont moins abondantes, d'où moins de produits alimentaires sur les marchés et plus d'affamés, a indiqué Mme Clinton. Les exploitants agricoles gagnent moins d'argent, et la situation devient un cycle qui s'auto-perpétue.
« La différence dans la productivité agricole des hommes et des femmes disparaîtrait si la divergence au niveau de l'accès aux ressources était éliminée », a dit Mme Clinton. « Si tous les agriculteurs, hommes et femmes, avaient accès aux mêmes ressources, nous accroîtrions la production agricole de 20 à 30 %. On pourrait alors nourrir 150 millions de personnes de plus par an. »
Accroître le revenu des agricultrices signifie aussi une sécurité financière améliorée pour leurs familles et plus d'argent dans les économies locales, menant au bout du compte à l'épanouissement des entreprises et des économies nationales, a-t-elle noté. De nombreuses études ont démontré que lorsque les femmes sont impliquées dans la mise au point et les essais pratiques des nouvelles technologies agricoles, celles-ci sont d'habitude adoptées plus vite et augmentent plus rapidement la productivité et les revenus des exploitants.
C'est la raison pour laquelle les États-Unis ciblent les agricultrices dans leur Initiative alimentaire pour l'avenir, qui est un volet crucial de la politique étrangère du gouvernement Obama. Et dans le cadre de cette initiative, les États-Unis ont alloué cette année 5 millions de dollars à un nouveau programme pour l'égalité des sexes.
« Cette somme servira à financer des approches novatrices à la promotion de l'égalité entre les sexes dans l'agriculture et l'utilisation des terres, et à intégrer efficacement les questions de parité dans les programmes de développement agricole et de sécurité alimentaire », a ajouté la secrétaire d'État.
Une part considérable de ces efforts sera consacrée aux études sur les agricultrices qui, d'après Mme Clinton, sont une ressource négligée que l'on ne connaît pas encore assez. Les recherches porteront sur les obstacles auxquels les agricultrices se heurtent dans le monde entier, et sur ce que l'on peut faire pour les éliminer ou du moins les réduire, a dit Mme Clinton.
