Washington - Le 25 avril, à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, les responsables du gouvernement des États-Unis qui s'emploient à combattre ce fléau ont célébré leurs succès, réaffirmé leur détermination et tourné leurs regards vers l'avenir.
« Nous avons certainement de quoi nous réjouir ; les tendances évoluent toutes dans la bonne direction », se félicite l'amiral Tim Ziemer, coordonnateur de l'initiative du président relative au paludisme. « Toutefois, la tâche qui reste à accomplir nous rappelle à la réalité. »
Lors d'un point de presse tenu à New York, au Foreign Press Center, l'amiral Ziemer a rappelé qu'un enfant mourait du paludisme toutes les 45 secondes rien qu'en Afrique, où cette infection est responsable de 20 % des décès juvéniles. Le taux de mortalité associée à cette maladie parasitaire qui est transmise par un moustique a diminué, mais le paludisme fera quand même 780.000 victimes cette année alors qu'on peut le prévenir et le traiter. En dehors de l'Afrique, il affecte aussi des millions de personnes en Asie du Sud et du Sud-Est, dans le Pacifique et dans certaines régions du Moyen-Orient et du continent américain.
Annoncée dès 2005, l'initiative du président relative au paludisme alloue des ressources à des solutions qui ont fait la preuve de leur efficacité. Elle a ainsi permis d'accroître la diffusion de moustiquaires imprégnées d'insecticides ainsi que l'emploi d'insecticides dans les foyers à titre prophylactique. Sur le plan des soins, cette initiative a débloqué des centaines de millions de dollars supplémentaires pour la mise au point de tests de dépistage plus fiables, la formation d'agents de santé et la distribution de médicaments efficaces. Ces mesures, a précisé l'amiral, ont concerné 100 millions de personnes.
Dans une déclaration publiée par l'Agence des États-Unis pour le développement international, son administrateur, le docteur Rajiv Shah, précise que cette intensification des mesures de lutte sauve 150.000 vies chaque année. « Non seulement nous prévenons des décès chez l'enfant dus au paludisme, souligne-t-il, mais nous libérons aussi des lits dans les hôpitaux et nous économisons des ressources médicales qui peuvent être appliquées à la prévention de décès dus à d'autres causes. »
Les décès et les journées de travail perdues sont les conséquences les plus évidentes du paludisme. Les économistes l'ont documenté : la baisse de la productivité liée à la diminution du temps de travail constitue un obstacle de taille au développement économique et, partant, à la prospérité, en particulier en Afrique. Un ancien joueur de basket-ball de l'équipe des « Rockets » de Houston (Texas), le célèbre Dikembe Mutombo, qui soutient la lutte contre le paludisme en République démocratique du Congo, son pays natal, se fait l'écho des économistes.
« Si ces gens meurent, le continent ne va pas continuer de se développer, c'est aussi simple que ça, a-t-il dit pendant le point de presse. Nous perdons des ingénieurs, des médecins, du personnel infirmier, de grandes personnalités politiques, des personnalités dirigeantes au sein de nos communautés, des jeunes aussi. »
Cette légende du basket-ball sait de quoi il parle. Il a contracté le paludisme lors d'un séjour en Afrique et est tombé malade une fois de retour aux États-Unis. Il est bien conscient d'avoir bénéficié de soins médicaux qui ne sont pas à la portée des Africains.
L'amiral Ziemer a cité un exemple concret du lien entre le paludisme et le développement économique : une entreprise dans l'ouest du Ghana a investi 1,5 million de dollars dans des programmes de prévention visant une localité où vivaient une bonne partie de ses salariés. En l'espace de deux ans, l'entreprise a observé une réduction de 70 % des cas de paludisme. Le nombre d'heures de travail perdues à cause de cette maladie a chuté de 95 %.
« Voilà exactement pourquoi nous devons éradiquer le paludisme en Afrique : c'est en raison de son lien direct avec l'élimination de la pauvreté et le développement commercial », a martelé l'amiral.
Si l'on sait aujourd'hui guérir le paludisme, la mise au point d'un vaccin nous échappe encore. Le parasite responsable, le Plasmodium, revêt quatre formes, et elles sont suffisamment différentes pour qu'aucun vaccin ne soit efficace contre toutes. Les chercheurs ont des choix difficiles à faire quant à la version du parasite qu'ils doivent cibler dans leurs travaux de recherche, ce qui porte l'amiral Ziemer à penser qu'un vaccin ne sera pas disponible avant cinq ans peut-être, voire dix.
