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L'économie mondiale peut-elle trouver un nouveau mode de croissance ?

Certains économistes prônent une relance de la consommation dans les pays à vocation exportatrice.

Par Andrzej Zwaniecki | Rédacteur | 18 septembre 2009
Une grande surface commerciale à Guangzhou (Chine)

Les grandes surfaces commerciales telles que celle-ci à Guangzhou multiplient se en Chine, même si l'économie demeure stagnante.

Washington - Aux États-Unis, les dépenses du secteur privé pour les biens et les services représentent plus des deux tiers de l'activité économique. Pendant des années, les achats de meubles, d'appareils ménagers et d'autres biens ont alimenté la croissance économique interne et celle des pays qui exportent vers les États-Unis. Lors des périodes de stagnation économique, les pouvoirs publics américains ont encouragé les dépenses des ménages - par des incitations fiscales et des déclarations publiques - arguant que c'était la meilleure manière de sortir de la récession.

Mais la récession qui a commencé à la fin de 2007 est différente. Les prêts à risque des banques américaines et les emprunts excessifs de certains Américains ayant contribué au ralentissement de l'économie, la frugalité gagne en popularité chez de nombreux Américains. Cette tendance peut s'avérer être une bonne chose dans le long terme mais elle fait aussi se poser la question de savoir qui va impulser la demande nécessaire pour remettre l'économie mondiale sur la voie d'une croissance robuste.

Certains économistes comptent sur les consommateurs des économies émergentes, notamment la Chine, pour compenser le ralentissement causé par la baisse des dépenses des Américains. Ils pensent aussi que les États-Unis devraient renforcer leur secteur des exportations pendant que la Chine élargit son secteur de la distribution interne.

Lorsque le centre d'achat « Golden Resources » s'est ouvert à Pékin en 2004, éclipsant le Mall of America de Minneapolis comme le plus grand centre d'achat du monde, certains observateurs y ont vu un symbole de la volonté de la Chine de devenir une nation de consommateurs.

Mais le Golden Ressources n'a pas attiré les foules de clients attendues et un centre d'achat encore plus grand, qui s'était ouvert à Dongguan en 2005, a dû fermer en 2008. Les dépenses de consommation augmentent régulièrement en Chine depuis 1995 mais l'économie du pays (tirée avant tout par les exportations industrielles) augmente encore plus vite. De ce fait, la consommation, en pourcentage du produit intérieur brut [PIB], est tombée à 36 % en 2007 contre 47 % dix ans auparavant : selon la Banque mondiale, elle contribue donc moins aux résultats économiques du pays qu'elle ne le fait aux États-Unis, au Brésil ou en Inde.

Recherche consommateurs désespérément

Selon Sherle Schwenninger, du groupe de réflexion New America Foundation, le gouvernement Obama doit encourager davantage la Chine et les pays ayant des excédents commerciaux à accroître leur demande interne.

Le président Obama a évoqué une nouvelle ère « de coopération, pas d'affrontement » avec la Chine afin de remettre l'économie mondiale sur des bases plus saines. Lors d'une réunion sino-américaine de haut niveau en juillet dernier, les deux camps sont convenus d'une feuille de route en quatre points destinée à guider leur politique économique. Elle vise à relever le taux de l'épargne et à réduire le déficit budgétaire des États-Unis et à encourager la Chine à faire plus fond sur la demande intérieure comme source de croissance. Aucun détail n'était donné quant à la manière dont ces objectifs pourraient être atteints.

Michael Pettis, de nationalité américaine, professeur de finance à l'Université de Pékin, est d'avis que le gouvernement devrait convenir avec la Chine qu'en échange de mesures précises prises par la Chine pour éliminer les subventions à la production, Washington maintiendrait en vigueur les mesures destinées à encourager la demande des consommateurs un peu plus longtemps que nécessaire pour relancer la croissance de l'économie américaine.

Les Chinois à la rescousse ?

Selon Daniel Gros, directeur du Centre d'Études des politiques européennes de Bruxelles, les consommateurs chinois ne seront cependant pas en mesure de remplacer de sitôt les consommateurs américains parce que le revenu moyen des Chinois est trop faible. De plus, en Chine, les ménages ne représentent qu'un tiers de l'épargne interne : les entreprises détiennent le reste.

M. Gros suggère une manière de résoudre le problème : réduire l'épargne des sociétés en leur faisant verser des dividendes plus importants à leurs actionnaires afin d'augmenter le revenu des ménages.

La Chine a déclaré à maintes reprises qu'elle souhaitait réduire sa dépendance vis-à-vis des exportations mais, selon nombre d'économistes, ses actions ne sont pas toujours allées dans ce sens. Selon M. Pettis, les groupes de réflexion organisés par diverses agences officielles chinoises critiquent de plus en plus le modèle de croissance actuel. Mais, ajoute-t-il, les blocs de pouvoir importants, tels les dirigeants provinciaux et municipaux et les entreprises d'État, ne sont pas favorables aux changements.

On peut comprendre les hésitations de la Chine, explique M. Pettis. Le passage d'une économie à vocation exportatrice à une économie tirée par la consommation n'est jamais facile. « Tous les gens raisonnables conviennent qu'il s'agit d'un processus lent et cela va prendre du temps. » Mais il doute aussi de l'efficacité des initiatives de stimulation économique de la Chine qui, à son avis, sont conçues pour renforcer le modèle existant en mettant l'accent sur les investissements dans les infrastructures et la capacité de production. Il ajoute que les pressions visant à réduire la montée du chômage ont obligé les dirigeants chinois à investir dans la production industrielle mais, dans le long terme, cela risque de créer des surcapacités de production rendant l'économie chinoise encore plus tributaire des consommateurs américains.

M. Pettis voit cependant dans les plafonds que la Chine impose aux nouveaux prêts aux entreprises un signe qu'elle semble prête à éliminer les mesures en faveur de l'investissement industriel.

Selon une étude publiée en juillet par le Peterson Institute for International Economics, le gouvernement chinois essaie depuis quelque temps de réduire sa forte dépendance vis-à-vis des exportations. Selon ses auteurs, cette tendance se serait accélérée au cours des six premiers mois de 2009, au cours desquels le gouvernement a pris des mesures pour stimuler la consommation des ménages. L'étude avance aussi que la Chine devrait accélérer l'appréciation de sa monnaie, mesure que nombre d'économistes considèrent comme test ultime des intentions du gouvernement : elle contribuerait à réduire le déficit commercial et à relever le pouvoir d'achat des consommateurs.

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