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Les quakers ont joué un rôle majeur dans l'abolition de l'esclavage aux États-Unis

La secte est un des premiers exemples de groupes religieux militant en faveur des droits de l'homme.

Par Ralph Dannheisser | Correspondant | 28 novembre 2008
William Penn

William Penn, le fondateur de l'État de la Pennsylvanie, était propriétaire d'esclaves malgré sa passion des droits de l'homme.

Washington - La priorité donnée à la promotion des droits de l'homme, une des caractéristiques de nombreux groupes religieux contemporains, n'a rien de nouveau pour les quakers.

Cette secte, dont le nom officiel est la Société religieuse des Amis, est championne de l'égalité des droits pour les femmes et les minorités religieuses et raciales depuis pratiquement 1640, l'année de sa fondation en Angleterre.

Les quakers (littéralement « les trembleurs », d'après la phrase de leur fondateur George Fox recommandant au juste de trembler devant la parole de Dieu) ont été parmi les premières et les plus insistantes des voix à se faire entendre contre l'esclavage et le commerce des esclaves tant en Angleterre qu'aux États-Unis et ils ont été à la tête du mouvement abolitionniste qui précéda la guerre civile aux États-Unis au XIXe siècle.

Malgré leur longue tradition d'attachement aux droits de l'homme, quelques-uns des premiers quakers possédaient des esclaves. William Penn, qui fonda la Pennsylvanie en 1682 et en fit un refuge pour les quakers et les autres groupes religieux, possédait des esclaves.

Selon Betty Wood, auteur d'un livre sur l'esclavage aux États-Unis, Penn pensait que « l'esclavage était parfaitement acceptable tant que les propriétaires d'esclaves satisfaisaient les besoins spirituels et matériels de ceux qu'ils asservissaient ».

Jim Powell, maître de recherches à l'Institut Cato - d'obédience libertaire - décrit ainsi cette dichotomie : « William Penn a été le premier grand héro de la liberté américaine (...) À une époque où les protestants persécutaient les catholiques où les catholiques persécutaient les protestants et où tous les deux persécutaient les quakers et les juifs, Penn a créé un sanctuaire américain où la liberté de conscience était protégée. »

« Presque partout ailleurs, les colons volaient leurs terres aux Indiens mais Penn a négocié des achats pacifiques. Il répétait que les femmes avaient les mêmes droits que les hommes. Il a doté la Pennsylvanie d'une constitution écrite qui limitait le pouvoir du gouvernement, prévoyait un code pénal humain et garantissait nombre des libertés fondamentales. »

Et pourtant, rappelle Powell, Penn « était aveugle pour ce qui est de l'esclavage… Les quakers étaient très en avance sur leur temps par rapport à la plupart des autres Américains mais il est surprenant que des individus ayant leur point de vue humanitaire aient pu envisager de posséder des esclaves. »

« Justice » contre « cupidité »

Dans son livre sur le mouvement abolitionniste, Claudine Ferrell note que, pendant la période coloniale, l'histoire du mouvement abolitionniste a été, « à quelques exceptions près, l'histoire des arguments, publications, déclarations et activités des quakers » même si leurs progrès ont été « lents, inégaux et ponctuels ».

Elle écrit que « les conflits internes entre la « justice » et la « cupidité » sont devenus la principale préoccupation d'une poignée de [quakers] entre la fin du XVIIe et celle du XVIIIe siècles » parmi lesquels George Keith et ses adeptes. En 1673, ils ont publié An Exhortation & Caution to Friends Concerning Buying or Selling of Negroes [Une exhortation et un avertissement aux Amis concernant l'achat ou la vente de nègres] qui est peut-être le premier ouvrage antiesclavagiste publié et distribué dans les colonies américaines.

En 1688, un groupe de quakers et de mennonites allemands réunis à Germantown (Pennsylvanie) a publié une pétition expliquant « pourquoi nous sommes contre la traite des corps humains ».

« Amener des hommes ici ou leur voler leur liberté et les vendre contre leur gré : nous sommes contre » disait ce document. « En Europe, nombreux sont les opprimés au nom de leur conscience et ici ceux qui sont opprimés sont ceux qui sont de couleur noire... Ah ! Pense bien à cela, toi qui le fais, si on te le faisait ? Et est-ce fait conformément à l'esprit du christianisme ? »

Les efforts faits pour abolir l'esclavage, au moins chez les quakers, se sont poursuivis avec les sermons passionnés du prédicateur itinérant John Woolley au milieu du XVIIIe siècle et les écrits de l'éducateur et abolitionniste Anthony Bénezet, dont l'essai « Observations sur l'asservissement, l'importation et l'achat de Nègres » date de 1760.

En 1786, l'année où la Constitution américaine fut adoptée, pratiquement aucun quaker ne possédait d'esclaves et en 1790, la Société des Amis demandait au Congrès d'abolir l'esclavage.

Joindre l'acte à la parole

À mesure que le mouvement abolitionniste prenait de l'importance, les quakers ont su apparier leur discours sur les droits de l'homme et leurs actions, souvent à leur détriment.

En 1848, Richard Dillingham, instituteur de l'Ohio, a été arrêté dans le Tennessee alors qu'il essayait d'aider trois esclaves à s'échapper. Il est mort du choléra alors qu'il servait une peine de trois ans de prison dans le pénitencier de l'État, à Nashville.

Les quakers ont joué un rôle majeur dans l'organisation et le fonctionnement de l' « Underground Railroad » (chemin de fer souterrain), réseau de routes secrètes et de maisons d'accueil qui aidait les esclaves en fuite à trouver la liberté dans les États du Nord et au Canada.

L'éducateur Levi Coffin et sa femme, Catharine, ont donné refuge à des esclaves dans leur maison de l'Indiana pendant 21 ans. Plus tard, délégué à la Conférence sur l'antiesclavagisme qui s'est tenue à Paris en 1867, il a affirmé avoir aidé 3.000 esclaves à fuir.

Une autre grande figure du mouvement, Thomas Garrett, défiait ouvertement le système et les chasseurs d'esclaves depuis sa « gare » de l'Underground Railroad de Wilmington (Delaware). Jugé coupable d'avoir aidé une famille d'esclaves à s'enfuir en 1848, il a été condamné à une amende de 4.500 dollars. Il a travaillé avec la célèbre abolitionniste afro-américaine Harriet Tubman qui faisait souvent passer des esclaves par sa « gare » de Wilmington.

Les droits de la femme et l'abolitionnisme

Plusieurs femmes quakers ont travaillé à la confluence des droits de la femme et de l'abolitionnisme.

Réformatrice sociale et pasteure, Lucretia Mott, championne des droits de la femme, a œuvré pour l'abolition de l'esclavage pendant la période précédant la guerre civile.

Susan B. Anthony, née quaker, a travaillé pour l'abolition de l'esclavage en même temps qu'elle se battait pour le droit de vote des femmes. Elle a exprimé le lien entre les deux dans le contexte des droits de l'homme lorsqu'elle a demandé, lors de la 9e conférence nationale des droits de la femme, en 1859 : « Où, dans notre Déclaration d'indépendance, est-il écrit que le Saxon a le droit de priver les femmes et les Nègres de leurs droits inaliénables ? »

L'esclavage, déjà frappé à mort par la Proclamation d'émancipation du président Abraham Lincoln en 1863, a été mis officiellement hors la loi en 1865 lors de la ratification du 13e amendement à la Constitution américaine. En 1870, le 15e amendement garantissait le droit de vote aux Noirs mais ni Mott ni Anthony n'ont vécu assez longtemps pour voir les femmes l'acquérir grâce à la ratification du 19e amendement en 1920.

Louisa May Alcott

L'écrivaine Louisa May Alcott hébergeait des esclaves échappés chez elle.

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